Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 18 janvier 2011

Borsalino - Jacques Deray (1970)



Marseille, 1930. Roch Siffredi, un jeune voyou récemment libéré de prison, décide de retrouver sa compagne, Lola. Mais pendant qu'il purgeait sa peine, celle-ci s'est entichée d'un certain François Capella, truand lui aussi. Après une rencontre orageuse, les deux hommes deviennent amis ; étant recrutés pour mener des actions douteuses pour le compte de notables peu scrupuleux, ils se rendent compte qu'ils peuvent en faire plus et décident de conquérir la ville ensemble.

Grand classique du polar français en grande partie à cause de la réunion de ses deux monstres sacrés, Borsalino avait vu son aura mythique grandir du fait de son invisibilité. En effet jusqu’en 2009 un conflit juridique entre le studio Paramount et les ayants droit avait bloqué toute sortie dvd ou vhs du film et fortement limité les diffusions tv (la dernière en 2007 ayant même constitué un mini événement).

Enfin disponible en dvd, la déception pouvait donc être grande à la redécouverte d’un film peut être pas à la hauteur de sa réputation. Finalement si on est loin du chef d’œuvre tant vanté, ce Borsalino demeure tout de même une des meilleures fresques criminelles tentées par le cinéma français. Parmi les principaux défauts, on peut regretter un scénario habile sur les situations prises dans leurs individualités (Claude Sautet et Jean Claude Carrière à l'écriture ce n'est pas rien) mais qui peine à donner un vrai fil narratif et une dimension épique au récit.

L'équité au montage exigée par contrat entre Bébel et Delon se fait pas mal ressentir, déséquilibrant un peu le film. Ainsi une intéressante histoire d'amour s'amorce entre Delon et la femme de l'avocat jouée par Corinne Marchant n’est pas exploitée, alors que celle plus légère (même si amenant un gros rebondissement ) de Belmondo et Nicole Calfan est plus approfondie pour une simple question de temps de présence à l’écran. Ce souci d’ego se prolongera d’ailleurs hors écran lorsque Belmondo portera plainte (et gagnera) contre Delon producteur qui n’avait pas respecté l’agencement prévu pour les crédits.*
Pour le reste la reconstitution de ce Marseille des années 30 est fort classieuse, porté par une mise en scène élégante et inspirée de Jacques Deray. C’est particulièrement parlant lorsqu’il s'agit de mettre en valeur son duo vedette, alors à l'apogée de leur charisme et de leur sex appeal (on imagine aisément les évanouissements dans les salles durant la scène où ils sortent tout deux de l'eau en maillot de bain).Parmi les moments inoubliables la bagarre dantesque qui scelle l'amitié entre les deux est toujours aussi efficace, tout comme la fusillade et la course poursuite durant l'incendie de la boucherie et aussi la superbe vendetta finale dans la maison de jeu de Marello.
Le film perdra grandement en se privant de la dimension biopic du projet, à l’origine adapté d'un livre de Eugène Saccomano sur Carbone et Spiritto deux caïds marseillais des années 30 à cause des menaces du milieu qui aurait rendu le tournage (dont le montage financier fut déjà de longue haleine malgré la présence des deux stars) intenable. On perd donc par mal de thèmes intéressant sur la corruption, les liens trouble entre gangster et politique. Du coup bien que très plaisant et agréable à suivre, le film n’existe surtout aujourd’hui que par le face à face légendaire entre Delon et Belmondo, d’autant plus qu’il ne se reproduisit pas jusqu’au Une Chance sur deux de patrice Leconte en 98, sans commune mesure tant dans la qualité que par l’époque qui rendait cette réunion moins évènementielle. Un superbe divertissement donc et un véhicule à star dans le sens le plus noble du terme.

*Alain Delon devait en tant que producteur être crédité en premier au-dessus des noms des acteurs. Belmondo y concéda en échange de voir son nom apparaître avant celui de Delon en tête d’affiche mais dans un grand élan de mégalomanie ce dernier garda son crédit de producteur et se plaça avant Belmondo peu avant la sortie !

Désormais disponible en dvd zone 2 français dans une belle édition


1 commentaire:

  1. Assez d'accord dans l'ensemble. Le film n'est pas le chef d'œuvre que l'on veut bien laisser entendre, mais il faut reconnaître qu'il s'inscrit dans les belles réussites françaises de l'époque. La reconstitution historique, la musique, et quelques très belles scènes (la bagarre dans le bar au début) en font un superbe divertissement. Je suis très fan de Delon et Belmondo, je prends donc mon pied à regarder ce film. La fin est assez décevante, et dans son écriture, et dans sa mise en scène larmoyante.

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