Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 31 octobre 2011

The Wicked Lady - Leslie Arliss (1945)


Barbara Worth, beauté du XVIIe siècle, entame sa carrière criminelle en volant le mari de sa meilleure amie, laquelle vient juste de convoler…

The Wicked Lady est une des plus fameuses productions du studio Gainsborough et un des grands succès du cinéma anglais des années 40. Cette popularité s’avère tout à fait fascinante à la vision d’un spectacle délicieusement amoral. Le film s’ouvre sur les amours courtois entre les fiancés Caroline (Patricia Roc) et Sir Ralph Skelton (Griffith Johns) effectuant une balade à cheval en campagne tout en échangeant des mots doux. Cette tonalité douce et timorée se voit en un instant balayé avec l’entrée en scène de Barbara (Margaret Lockwood) meilleure amie de la future mariée et ambitieuse sans scrupule rêvant de la grande vie. Le film adapte le roman The Life and Death of the Wicked Lady Skelton de Magdalen King-Hall qui s'inspirait elle-même des moeurs dissolues de Lady Katherine Ferrers qui fit scandale dans l'Angleterre du XVIIe siècle. Sur ces bases réalistes le film ne se refusera aucune surenchère.

Ainsi vingt minutes ne se sont pas écoulées que la belle a déjà séduit et épousée le fiancé de son amie (qui humiliation suprême est réduite à demoiselle d’honneur de son mariage annoncé) et trouvé le moyen de tomber follement amoureuse d’un autre durant les festivités des noces ! Seulement la vie rurale morne au côté d’un homme qu’elle méprise ne lui sied guère et en tentant de récupérer un diamant perdu au jeu elle embrasse la carrière criminelle où elle va croiser la route du bandit de grand chemin Jerry Jackson.

Il y a déjà matière à trois films avec cet aperçu qui occupe à peine un tiers de l’histoire. Le récit enchaîne sans discontinuer les rebondissements rocambolesques jusqu’à l’excès. Cette frénésie est dictée par la vénéneuse héroïne incarnée par une Margaret Lockwood étincelante de perversion. Guidée par ses seuls désirs, elle éliminera tous les obstacles à son plaisir et ses ambitions sans le moindre remords et par les moyens les plus vils : vol, duperie, assassinat…

Le script noie toute tentative de l’humaniser quelque peu tel ce moment où elle commet son premier meurtre par maladresse lors d’un vol et que dès la séquence suivante elle se réjouit de découvrir que sa prime de capture est plus élevé que celle de James Mason. Ce dernier s’en donne à cœur joie également en voleur à la gouaille irrésistible et porté sur les jolies femmes et les échanges avec Margaret Lockwood sont un festival de sous-entendus sexuels, sans parler des nombreuses situations équivoques. De plus Les décolletés vertigineux des deux personnages féminins vaudront (en plus du reste) les coups de ciseaux de la censure américaine lors la sortie du film outre atlantique.

On comprend totalement le succès du film, divertissant et jubilatoire de bout en bout par son sens de l’excès. Cette Barbara si peu fréquentable (à faire passer l’Ambre de Kathleen Windsor pour un parangon de vertu) s’avère finalement aussi attachante que fascinante dans sa manière de suivre ses envies sans se soucier des conséquences et la délectation de Margaret Lockwood à interpréter un tel personnage est contagieuse.

Tout aussi avenante, Patricia Roc évite de tomber dans la niaiserie pour contrebalancer l’âme noire de sa rivale et maintient également l'intérêt pour la douce Caroline, ce que ne parviennent pas à faire les autres figures masculines (à se demander comment Barbara peut préférer le fade Michael Rennie à Mason) écrasées par le charisme de James Mason. Leslie Arliss mène là un récit alerte et trépidant orné par le luxe et le soin habituel des productions Gainsborough. Un vrai plaisir coupable, scandaleux et charmant. Apparemment, il existerait un remake réputé assez piteux avec Faye Dunaway réalisé par Michael Winner en 1983...

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais

samedi 29 octobre 2011

Collateral - Michael Mann (2004)


Max, un chauffeur de taxi, accepte de prendre un client, Vincent, pour cinq courses. Vincent prétend qu'il a cinq personnes à voir pour conclure un contrat immobilier dans la nuit. Mais, la première de ces personnes tombe, morte, sur le toit du taxi pendant que Vincent est allé le voir. Vincent, qui se révèle en fait être un tueur à gages, décide alors de se servir de Max comme chauffeur tout au long de sa tournée.

Il fallut attendre huit longues années avant de voir Michael Mann revenir à son genre de prédilection, le polar, avec ce Collateral. Heat représentait une forme d’aboutissement absolu pour Mann qui venait conclure les avancées du Solitaire, du Sixième Sens et de la série Deux flics à Miami dont il produisit les trois premières saisons. Dans ces trois œuvres, Mann réinventait le polar avec une touche qui n’appartenait qu’à lui : stylisation visuelle maniaque dans l’art de capturer les pulsations urbaine, immersion par un sens de l’atmosphère hypnotique et aérien au service de récits d’une puissance dramatique brillante. Ces facettes transcendant totalement des archétypes de récits policier se peaufineront entre la fulgurance du Solitaire, l’envoûtant Sixième Sens et bien sûr Heat où ce qui n’est finalement qu’une traque entre gendarme et voleur prend des dimensions épique et émotionnelles insoupçonnées.

Après Heat, Mann comprend bien qu’il est allé au bout de cette logique et s’éloigne du polar pour le biopic Ali et le film à thèse Révélations. Lorsqu’il décide revenir au genre avec Collateral, c’est pour faire sa révolution. Le réalisateur adopte pour le film un nouveau type de caméra vidéo numérique (la Thomson Grass Valley Viper Film Stream pour les férus de technique) afin de saisir avec la plus grande vérité possible l’atmosphère nocturne courant tout au long du film. Alors que d’habitude les polars de Mann tirent des pitch conventionnels vers une emphase visuelle et dramatique toujours plus grande, Collateral fait exactement l’inverse. Unité de temps et de lieu où l’on suit deux uniques personnages et enjeux se résumant (en apparence) à la survie d’un malheureux chauffeur de taxi (Jamie Foxx) pris en otage par un tueur à gage le forçant à l’accompagner pour une tournée de cinq meurtres.

Le parti pris est payant dès la scène d’ouverture montrant le début de tournée du taxi Max (Jamie Foxx) avec son mélange d’élégance typiquement Mannienne (les plans aériens sur la circulation) et un sentiment d’immédiateté, de prise sur le vif amené par la caméra fluide et le montage percutant sur une bande-son parfaite. Tout le film ne cessera de pousser plus loin la note d’intention de ce début, l’intensité dramatique en plus avec d’éblouissantes séquences virtuose comme le gunfight dans la boîte de nuit ou cette instant de poésie suspendue voyant les héros croiser des loups en plein LA. Fort heureusement, cette rénovation visuelle se fait (et c’est toute la différence avec le récent Drive qui singe très bien Mann mais sans en véhiculer l’humanité) au service des personnages, typique de son auteur.

Une étrange relation s’instaure ainsi progressivement entre le tueur et le chauffeur. Vincent, tueur implacable et glacial est l’exact opposé de l’indécis Max qui végète sans oser se lancer dans le projet professionnel auquel il aspire (si ce n’est sous la forme du fantasme avec cette carte postal le rapprochant de James Caan dans Le Solitaire qui affichait aussi son idéal dans un collage papier). Hormis sa profession criminelle, Vincent symbolise tout ce à quoi Max aspire par son charisme, son autorité et sa détermination.

Pourtant au fil de la nuit le rapport s’inverse et l’on est plus sûr de qui doit envier l’autre. Vincent face à ce qu’on devine être son échange le plus intime avec autrui depuis des lustres voit sa volonté vaciller face à ce que Max révèle chez lui. Ce n’est qu’une coquille vide et sans affect n’existant que dans sa fonction meurtrière finalement guère éloignée d’un Terminator. Tom Cruise est formidable dans le rôle, masque froid à la gestuelle robotique savamment étudiée au départ avant que la belle mécanique se dérègle au fil de la nuit.

Mann l’abîme progressivement, la posture et le physique impeccable se dégradant peu à peu tandis que Cruise dévoile peu à peu ses failles au détour de dialogues (l’histoire sur sa famille révélant une douleur plus profonde) et de comportement (il aurait pu plusieurs fois tuer Max et prendre un autre taxi et au contraire va même lui sauver la vie) lui faisant perdre son côté monolithique. Vincent est un héros typique de Mann, professionnel parfait qui se fragilise en s’humanisant comme De Niro dans Heat ou Caan dans Le Solitaire. Jamie Foxx est très bon également mais son personnage a moins de portée.

Passionnant sur le fond comme la forme, on regrettera juste un final un peu trop conventionnel et cédant à certaines facilités pour lier différents élément de son script même si Mann manie un ébouriffant suspense durant les vingt dernières minutes (la traque dans l’immeuble, la poursuite dans le métro). Il poussera les expérimentations de Collateral plus loin encore dans le formidable Miami Vice mais s’y perdra aussi dans son seul film décevant à ce jour Public Enemies. Quoiqu’il en soit, Collateral demeure un jalon majeur de l’immense filmographie de Michael Mann.

Sorti en dvd zone 2 chez Paramount



La belle et riche de sens apparition du loup dans la nuit de LA

vendredi 28 octobre 2011

La Chambre indiscrète - The L-Shaped Room, Bryan Forbes (1962)


Jane, enceinte et célibataire, prend une chambre dans un hôtel minable. Elle est entourée d'étranges voisins.

Avec ce second film Bryan Forbes délivrait un magnifique mélodrame en plus d'offrir à Leslie Caron une de ses plus mémorables prestations. Adapté d'un roman de Lynne Reid Banks (plus connue pour sa série de livre pour enfant L'Indien du placard que sur ce type de sujet très adulte) le film aborde un sujet tabou sous un angle inattendu. Il est donc ici question de la difficile condition des mères célibataires à travers le récit Jane, jeune française (le personnage était anglais dans le livre le choix de Leslie Caron explique ce changement de nationalité) exilée à Londres et qui en début de film loue une chambre dans un hôtel insalubre.

Son comportement étrange, sa mine apeurée et la fragilité qu'elle dégage révèle d'emblée que quelque chose ne va pas et on découvrira qu'elle est enceinte. Cependant l'amitié et la chaleur exprimé par ses voisins (dont Brock Peters l'accusé de To Kill a Mockinbird ici en trompettiste enjoué) la déride vite et elle noue bientôt une histoire avec Tobey un aspirant écrivant. Seulement comment lui avouer son état sans craindre qu'il la quitte ?

Au vu de la période de sortie du film dans une Angleterre encore très moralisatrice (et des films du mouvement Free Cinema qui aborde la question de manière fort glauque comme Saturday Night and Sunday Morning) on devrait voir la grossesse de l'héroïne comme un poids et l'enjeu dramatique tourner autour de sa décision d'avorter. Si cette facette demeure, ce n'est pas le pivot du film, bien au contraire. Jane n'est pas une adolescente coupable d'un moment d'égarement mais une jeune femme de 27 ans ayant jusque-là vécue dans un milieu bourgeois étouffant (il faut voir sa mine terrifiée lors de sa première nuit dans sa chambre miteuse) et qui s'en est coupée en donnant sa virginité au premier flirt venu à son arrivée à Londres. Malgré cette erreur on constate alors que le sexe est pour elle une manière d'affirmer son indépendance.

La société ne l'entend pourtant pas de cette manière et le script multiplie les situations de répressions sexuelle plus ou moins affirmée : une policière qui vient interrompre dans un parc un innocent signe d'affection entre Tobey et Jane, la réaction dégoûtée de Brock Peters qui traite Jane de whore après avoir entendu ses ébats à travers la mince cloison séparant leurs chambres... Ce jugement moral est global et n'a pas de limite sociale.

Dans ce contexte, la grossesse d'une femme seule est une tâche dans le paysage, une tâche qu'il faut effacer. L'avortement synonyme d'autonomie et de libération pour la femme prend donc étonnement là une notion moralisatrice en étant l'outil permettant de faire disparaître la disgrâce. Alors que Jane hésite quant à la décision à prendre, absolument tous les personnages lui recommande d'avorter dans des séquences que Forbes rend terriblement oppressante comme cette entrevue avec un médecin désinvolte au début(pour lequel les options se résument à épouser le père ou avorter), la potion offerte par une voisine de bonne foi pour provoquer une fausse couche et surtout le mépris de Tobey lorsqu'il apprendra la vérité.

Dès lors, aller au bout de sa grossesse et élever son enfant signifie une affirmation de soi pour une Jane qui s'assume et ne dépend plus du regard des autres (le film a d'ailleurs adouci un élément intéressant du livre où l'hôtel était habité par des prostituées auxquelles l'héroïne dans son sentiment de culpabilité pouvait se trouver associée). Leslie Caron offre une prestation époustouflante ou le désespoir se dispute au courage et à la détermination. Ardente ou hébétée et en plein doute, elle dégage une intensité et une émotion de tous les instants. Sa performance lui vaudra un Golden Globe et une récompense au BFTA ainsi qu'une nomination à l'Oscar. La mise en scène sobre de Bryan Forbes saisit tous ses tourments porté par le beau noir et blanc de la photographie de Douglas Slocombe avec une poésie qui permet d'illustrer d'étonnement osées scènes charnelle mais cela aurait été un comble si le film avait été timoré là-dessus vu le sujet.

L'affiche annonce la couleur avec ce Sex is not a forbidden word comme slogan. Une belle et touchante fin ouverte laisse désormais Jane maîtresse de son destin même s'il lui en a coûté. La conclusion du livre était plus ouverte encore puisque Jane en laissant le manuscrit (nommé The L-Shaped Room) dans la chambre vide de Tobey lui disait qu'elle l'avait apprécié mais que l'histoire "n'était pas finie" et Lynne Reid Banks donna en effet deux suites à son ouvrage. Pour les amateurs de pop anglaise et fans des Smiths, le sample de "Take Me Back To Dear Old Blighty" entendu au début de leur chanson "The Queen is dead" provient d'une des séquences du film.

Sorti en dvd zone 2 anglais et dépourvu de sous-titres

Extrait

jeudi 27 octobre 2011

Mariage à l'italienne - Matrimonio all'italiana, Vittorio De Sica (1964)


Durant de nombreuses années, Filumena, ancienne protituée, a été à la fois servante et maîtresse de Domenico. Ce dernier a finalement décidé de se marier avec une jeune fille de bonne famille. C'est alors qu'elle décide de lui tendre un piège en lui faisant croire qu'elle est mourante et que son dernier désir est de se faire épouser. Dès que l'homme cède, la mourante ressuscite et lui apprend qu'il est déjà le père d'un de ses enfants...

Mariage à l'italienne est un des fleurons de la collaboration entre De Sica et le couple de cinéma Sophia Loren/Marcello Mastroianni. On retrouve dans le film ce toujours réjouissant mélange des genres et de ton faisant tout le charme de la comédie italienne. Le scénario, brillant, alterne ainsi avec brio la grosse farce outrancière, le drame et le romantisme, par la grâce d'astuces narratives bien placées (les deux flash-backs sous les points de vue des deux protagonistes en ouverture), de révélations bien amenées qui relancent constamment l'action et font basculer le film dans quelque-chose de plus profond qu'il n'y paraît à première vue.

Tous ces revirements sont symbolisés par les transformations du personnage de Sophia Loren, qui livre ici une prestation époustouflante. Tour à tour jeune fille naïve découvrant la vie, puis quarantenaire bafouée bien décidée à regagner son honneur de femme et susciter le respect et l'amour de Mastroianni en l'épousant. Ce dernier est tout aussi brillant, arrivant à rendre humain et attachant un personnage de coureur égoïste vraiment odieux par instants.

Le film trahit ses origines « théâtrales », dans le bon sens du terme, à travers les scènes de ménage dantesques du couple Mastroianni-Loren, dans une forme olympique (la scène qui suit la révélation sur la santé de Sophia Loren est un grand moment) et De Sica, par sa réalisation toute en mouvement, apporte une belle énergie à l'ensemble, avec en prime une direction artistique splendide, une photo superbe et un Naples en pleine reconstruction brillamment illustré en arrière plan (discrète allusion au passé néo réaliste de De Sica).

On retrouve l’émotion dont De Sica est capable lors de quelques moments bouleversants, tels Loren révélant son passé douloureux à ses fils, qui la rencontrent pour la première fois ; les quelques scènes pathétiques où elle subit le mépris inconscient de Mastroianni dans sa jeunesse (la sortie au champ de course vide, l'enterrement de la mère), et bien sûr le finale magnifique, où elle laisse enfin couler ses larmes.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

mercredi 26 octobre 2011

Les Tontons Flingueurs - Georges Lautner (1963)


Fernand Naudin (Lino Ventura), un ex-truand reconverti dans le négoce de machines agricoles, à Montauban. Sa petite vie tranquille va basculer lorsque son ami d'enfance, Louis dit le Mexicain, un gangster notoire, de retour à Paris, l'appelle à son chevet...

Celui-ci, mourant, confie à Fernand, avant de s'éteindre, la gestion de ses « affaires » ainsi que l'éducation de sa petite Patricia (Sabine Sinjen), au mécontentement de ses troupes et sous la neutralité bienveillante de maître Folace (Francis Blanche) son notaire, qui ne s'émeut pas trop de la querelle de succession à venir.

Fernand Naudin doit affronter les frères Volfoni – Raoul (Bernard Blier) et Paul (Jean Lefebvre) – qui ont des visées sur les affaires du Mexicain : un tripot clandestin, une distillerie tout aussi clandestine, une maison close, etc. D'autres "vilains" vont se révéler être très intéressés par la succession dont Théo et son ami Tomate.


Grand classique tardif de la comédie policière à coup de rediffusions télé massive, Les Tontons Flingueurs ne fit guère sensation auprès du public et de la critique lors de sa sortie, au point que Lautner entama dans la foulée son film suivant, Des Pissenlits par la racine, presque pour s’excuser. Adapté du roman de Albert Simonin (auteur de Touchez pas aux grisbi et Le cave se rebiffe, portés à l’écran par Sautet et Gilles Grangier et qui formaient sur papier une trilogie avec Les Tontons) l’intrigue classique du genre est progressivement dynamitée par Lautner, qui applique ici pour la première fois la formule de plusieurs de ses films à venir.

Situations décalées (le vieux gentleman qui vient voir Ventura durant la fusillade finale), personnages plus loufoques les uns que les autres (mention spéciale à Claude Rich en fiancé précieux et surtout Robert Dalban en majordome pseudo anglais et ancien cambrioleur) pour un grand numéro comique.

Ça démarre donc sobrement, avec ce récit de rivalité et de succession chez les gangsters, pour peu à peu joyeusement se dérider, au point d'en oublier l'argument policier en plein milieu de film avec une séquence de beuverie mémorable où les bandes de Ventura et Blier se rabibochent. Contrairement aux apparences, le script (bien éloigné du livre, bien qu’adapté par Simonin lui-même) fut suivi rigoureusement et cette scène cultissime tournée le plus sérieusement du monde.

La réalisation de Lautner est pleine d'invention, parvenant à bien mettre en valeur les acteurs lorsqu'ils lancent les dialogues géniaux de Michel Audiard (avec des gros plans savamment distillés cachant la pauvreté ou l'absence de décor) et traduisant par l'image le côté décalé de l'ensemble avec pas mal de plans et de cadrages expressionnistes alambiqués, évoquant le cinéma d'Orson Welles. Casting grandiose, avec un Lino Ventura bien moins monolithique qu’ailleurs et qui se lâche comme rarement (la danse dans la maison pour éviter les balles), Bernard Blier en grande gueule trouillarde et son frère incarné par Jean Lefebvre.

On retrouvera d’autres futurs habitués dans des seconds rôles comme Horst Franck et Venantino Venantini. Échec relatif à sa sortie, le film s’inscrira petit à petit dans l’inconscient collectif grâce à ses fameuses répliques notamment. Il ouvrira surtout la voie aux deux autres films réunissant la même équipe (Les Barbouzes et Ne Nous fâchons pas formant une géniale trilogie), le souvenir du tournage euphorique n’ayant pas été entamé par l’insuccès.

Sortie en dvd chez Gaumont

Bande-annonce génialement décalée



Et une pincée de poésie signée Michel Audiard tout de même:

Patricia, mon petit... Je voudrais pas te paraître vieux jeu ni encore moins grossier. L'homme de la Pampa parfois rude reste toujours courtois mais la vérité m'oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menu !

Vous avez beau dire, y'a pas seulement que de la pomme, y'a aut'chose. Ça serait pas dès fois de la betterave, hein ?

Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.

mardi 25 octobre 2011

Les Quatre Filles du Docteur March - Little Women, Mervyn LeRoy (1949)



Les quatre filles du docteur March est l'histoire de quatre jeunes filles, Margaret (surnommée Meg), Joséphine (surnommée Jo), Elisabeth (surnommée Beth) et Amy. Elles vivent aux États-Unis avec leur mère et une fidèle domestique appelée Hannah. Elles appartiennent à la classe moyenne de la société. L'histoire se passe pendant la guerre de Sécession. Leur père, aumônier nordiste, est au front.

Troisième adaptation du célèbre roman de Louisa May Alcott, le film de Mervyn Leroy vient surtout après celle fameuse de George Cukor en 1933 avec Katherine Hepburn en Jo. Une autre œuvre vient pourtant constamment à l'esprit à la vision du film, Le Chant du Missouri de Vincente Minnelli.

La MGM semble avoir clairement défini le chef d'œuvre de 1944 comme le modèle à suivre pour cette nouvelle version et entre les décors aussi factices que luxueux (la pauvreté de la famille March semble du coup très relative), l'avalanche de couleurs et de bons sentiments et un casting en partie identique et dans les même rôles (Mary Astor en maman courage douce et compréhensive, Leon Ames dans le rôle du père absent et la merveilleuse Margaret O'Brien de nouveau en benjamine ravissante) on est guère dépaysé. Si Leroy est très loin d'égaler le bijou de Minnelli, ce Little Women demeure un très beau film.

On découvre ainsi par tranches de vie le quotidien de ces quatre jeunes filles jeunes filles obligées de joindre les deux bouts seules avec leurs mère alors que leur père se trouve mobilisé durant la Guerre de Sécession. La trame se dote d'un écho particulier puisque les familles américaines ont pour beaucoup connue situation similaires quelques années plus tôt (et reprise dans des œuvres comme Depuis ton départ de John Cromwell qu’on peut presque voir comme une transposition moderne du roman) et dans ce contexte cela contribua-t-il sans doute au grand succès du film.

Si c'est bien évidemment Jo magnifiquement interprétée par June Allyson qui est mise en avant, le casting est parfait et chacune des sœurs est parfaitement incarnée par respectivement Elizabeth Taylor en frivole Amy (et une perruque blonde qui demande un léger effort pour la reconnaître au début), Janet Leigh pour la douce Meg et Margaret O'Brien pour la jeune et timide Beth. Le film narre ainsi de l'insouciance de l'enfance finissante à l'âge adulte plus amer, les espoirs, les premiers émois amoureux et échanges qui font les joies et les peines de notre quatuor.

Si Janet Leigh parait un peu effacée, Liz Taylor pimpante apporte un joli vent de comédie par sa frivolité tout en rendant vraiment son personnage attachant. June Allyson est une Jo parfaite avec ses manières de garçon manqué, sa voix grave et son sans gêne et en atténuant ou exagérant subtilement ces attitudes elle porte réellement l'émotion du film par sa fragilité et son indécision.

Et que dire de Margaret O'Brien ici aussi bouleversante que dans Chant du Missouri dont elle réitère ici la force de la séquence de noël à deux reprises lors des remerciements au bord des larmes envers M Laurence après avoir reçu un piano en cadeau et surtout son merveilleux monologue d'adieux à Beth qui arracherai une larme au spectateur le plus endurci, Leroy traduisant le deuil par une ellipse toute en sobriété.

C'est dans ces moments touchant si parfaitement capturés que Mervyn Leroy réussit son film et traduit parfaitement la chaleur et la complicité de cette famille (dont cette belle ouverture où Jo s'étale de tout son long face à ses sœurs moqueuses et faisant mine de ne rien voir). La peur de grandir, de quitter son foyer et de perdre les siens, soit tout ce qui implique la perte de l'innocence et le passage à l'âge adulte est idéalement dépeint ici dans la mélancolie des derniers instants du film.

On regrettera juste une tendance à l'ellipse pas toujours bien gérée et des éléments du livre survolés (les causes de la pauvreté, les convictions et l'engagement du père qu'on ne voit guère d'ailleurs) mais rien qui puisse gâcher le plaisir de cet idéal de film familial. Il semble que le film lance également la carrière hollywoodienne d'un étonnamment bon Rossano Brazzi bien plus intéressant en amoureux maladroit que dans les rôles de séducteur latin qui seront par la suite sa marque de fabrique.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner
Un montage intéressant entre les versions de 1933, 1949 et la plus récente de 1994 (désolé pour la ballade rock FM par contre ^^)

lundi 24 octobre 2011

La Piste des éléphants - Elephant Walk, William Dieterle (1954)



John Wiley et Ruth, jeunes mariés reçoivent en héritage une plantation de thé à Ceylan. Arrivée là-bas, Ruth tombe amoureuse de l'intendant du domaine. Mais quand la sécheresse s'abat, les éléphants qui peuplent l'île morts de soif changent de comportement.

Beau film d'aventures que cet Elephant Walk qui constitue un des derniers films américain de Dieterle avant son retour en Europe. A l'origine le projet est destiné au couple Laurence Olivier/Vivien Leigh mais Olivier accaparé par d'autres projets s'efface rapidement (finalement remplacé par Peter Finch) tandis que son épouse assaillies par ses troubles bipolaires se voit contraintes d'abandonner le tournage déjà entamé. Elizabeth Taylor qui avait dû abandonner le rôle pour cause de grossesse peut finalement après son accouchement jouer dans le film. Plusieurs plans larges filmés avec Vivien Leigh ont néanmoins été conservés dans le montage final.

Adapté d'un roman de Robert Standish, La Piste des éléphants apparaît finalement comme une étonnante variation exotique de Rebecca (ce qui peut expliquer le désistement de Laurence Olivier au vu des rôles très proches) avec une intrigue et des rebondissements très proches même si Dieterle confère une identité propre à son film. La jeune anglaise Ruth (Elizabeth Taylor) suite à un coup de foudre et un mariage éclair avec le producteur de thé John Wiley (Peter Finch) s'envole donc pour sa plantation à Ceylan.


Seulement une fois sur place une ombre se place entre elle et son époux, celle du vénéré et tyrannique ancien chef du domaine, son père Tom Wiley. De manière symbolique sa tombe trône face à la maison comme s'il dirigeait encore les lieux depuis l'au-delà et chacune des règles de vie qu'il a instaurée sont rigoureusement respectée au détriment de la nouvelle maîtresse de maison. Le script se dote même d'un équivalent local à Mrs Danvers avec le domestique Appuhamy (Abraham Sofaer) qui chéri le souvenir du disparu en conservant intacte sa chambre tel un autel et qui s'adresse à sa tombe tous les matins.


Parallèlement à cette présence invisible s'en trouve une plus concrète avec des éléphants harcelant le domaine bâti comme un défi à la nature sur le parcours où les bêtes allaient s'abreuver en eau. Tandis que les passions humaines se déchaînent, les cris des éléphants incessant dans la bande son et les nombreuses séquences voyant leur menace se rapprocher instaure donc une atmosphère pesante et trouble. Elizabeth Taylor est formidable de détermination et de fragilité et dégage une sensualité d'autant plus forte du fait d'être la seule présence féminine dans cet univers machiste.


Peter Finch est excellent également dans sa schizophrénie où le respect de la mémoire du défunt se dispute à l'amour pour son épouse et délivre une prestation habitée. Dana Andrews qui vient compléter le triangle amoureux en contremaître compréhensif est correct mais ne dégage pas la même intensité. Dieterle délivre une mise en scène impressionnante et immersive où on découvre de superbes vues des paysages de Ceylan, le travail sur la photo de Loyal Griggs et les cadrages prolongeant cette atmosphère trouble et évitant le piège de la carte postale.

Le clou du film avec l'assaut destructeur des éléphants demeure un morceau de bravoure sacrément impressionnant. Le décor ploie sous les ruades des pachydermes dans un enfer de gravats et de flammes purificateur filmé de manière virtuose par Dieterle. Un grand moment de cinéma (là aussi répondant à la conclusion de Rebecca où la destruction est synonyme de retrouvaille et de renouveau) qui sous la violence ouvre au contraire un nouvel avenir à ses personnages.


Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

Extrait des 15 premières minutes

samedi 22 octobre 2011

Lolita malgré moi - Mean Girls, Mark Waters (2004)


Après avoir passé son enfance en Afrique, Cady Heron atterrit un beau jour dans un lycée de l'Illinois, où elle découvre un univers encore plus exotique, plus mystérieux et plus dangereux que toutes les jungles : le monde des filles... Des cliques de lolitas branchées, friquées et assoiffées de pouvoir se disputent âprement ce terrain, où chaque jour est un combat pour être la fille la plus belle, la plus populaire et la plus prestigieuse.

Means Girls est une des teen comedy les plus réussies du genre et probablement la plus emblématique des années 2000. Les teen comedy les plus brillantes sont généralement celles qui parviennent à mêler regard tendre, incisif et cruellement juste sur les difficiles heures de l’adolescence souvent symbolisée par le parfois oppressant cadre du lycée. Le célèbre Breakfast Club de John Hughes avait réussi à traiter des clivages communautaires des lycéens en adoptant presque une approche théâtrale où chaque archétypes (intello, sportif, rebelles…) voyait un représentant enfermés pur un samedi de colle avec les autres, l’issue de cette cohabitation révélant finalement des adolescents ordinaires et en plein doute. Autres sommet du genre Heathers de Michael Lehman abordait les mêmes questions mais dans une approche plus cynique et provocatrice se livrait à un surprenant jeu de massacre visionnaire du drame de Columbine. On peut ajouter aussi l’excellent Pump up the volume où la rébellion se mêle au mal être avec un Christian Slater (qui donne un penchant lumineux à son rôle sulfureux de Heathers) animateur de radio pirate se lâchant sur les frustrations de ses camarades.

Lolita malgré moi se démarque en apportant une dimension sociologique voire ethnologique (avec un constant comparatif entre faune sauvage et adolescente) puisqu’il s’inspire de l’étude de Rosalind Wiseman Queen Bees and Wannabees dont l’ouvrage se penchait sur les rapports acérés de la gent féminines adolescente des lycées américains. La célèbre comique Tina Fey (vue dans la série 30 Rock, au Saturday Night Live et célèbre pour ses légendaires et hilarantes imitations de Sarah Palin) écrivit donc un script tissant une trame autour des réflexions soulevées par le livre.

On suit donc l’évolution de Caddy (Lindsay Lohan) jeune américaine ayant grandi en Afrique et éduquée à domicile par sa mère qui de retour aux USA découvre la jungle du lycée. Là, son innocence est mise à rude épreuve lorsqu’elle est adoptée par les « Plastics », groupe de jeunes filles superficielles et mesquines faisant et défaisant les réputations au lycée. Victime à ses dépens des mauvais tours de la meneuse Regina (Rachel McAdams) elle décide de pousser le mimétisme jusqu’au bout avec ses nouvelles « amies » afin de gagner leur confiance et se venger.

Le pitch rappelle grandement Heathers mais Lolita malgré moi (ah ces titres français infâmes…) s’éloigne du nihilisme de son modèle pour une autre approche tout aussi audacieuse. L’esprit caustique de Tina Fey (ici dans le rôle d’un professeur de maths déluré) associé à l’origine « documentaire » du projet donne une narration ludique et pleine d’apartés délirants et informatifs nous faisant découvrir les mœurs du lycée. On découvre ainsi un nid de sous-communautés foisonnant (raciales, sportif, culturelles…) où le simple fait de choisir où et avec qui s’asseoir à la cantine devient un acte déterminant sur votre personnalité et la place que vous occupez dans le microcosme lycéen. Le film s’avère très drôle en poussant loin la caricature (jamais très loin de la réalité pourtant) mais sait heureusement quand abandonner ce ton d’observateur distant pour nous impliquer dans une vraie intrigue.

Ce virage est amorcé à travers le personnage de Lindsay Lohan, oie blanche qui deviendra l’équivalent de celles dont elles cherchent à se venger. Elle réalise une belle transformation en pimbêche prétentieuse, la mine candide et avenant succédant bientôt au regard hautain, les vêtements ordinaires cédant tenues sexy à la mode et le beau visage au naturel disparaissant bientôt sous un masque de maquillage criard. On ne peut que regretter la tournure que la carrière de Lindsay Lohan a pris tant elle montre un talent certain ici (et dans nombres de ses premiers film avant que ses frasques fassent plus parler que ses prestations) où elle exprime parfaitement le basculement inconscient et progressif de Caddy en « Plastic » grâce à de belles nuances dans le phrasé, l’allure et le comportement qui la rende méconnaissable entre le début et la fin du film. Des actrices prometteuses se trouvent également dans les seconds rôles avec une excellente Rachel McAdams en peste et une Amanda Seyfried plus vraie que nature en blonde écervelée.

Les mauvais coups que se font nos héroïnes entre elles sont l’occasion d’étincelants moments de cruautés féminines (les barres céréales grossissantes génial) trouvant son apogée dans un grand final dénonciateur formidable. Mark Waters (qui avait déjà dirigé Lindsay Lohan dans le très amusant Freaky Friday) donne un tour très dynamique à l’ensemble.

Sa mise en scène alerte déploie pas mal de bonne idées comme les splitscreens progressif sur les conférences téléphoniques des héroïnes où l’écran se découpe au fil des arrivées de nouveaux intervenants et révélant ainsi les messes basses et les réactions de celles qui en sont victimes sans qu’on sache exactement qui écoute ou est écouté. La morale finale est néanmoins sauve et le film, léger et acide à la fois est ainsi parfaitement représentatif de ses années où tout était aussi important que dérisoire mais dont le souvenir reste vivace, bon ou mauvais.


Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount