Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

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mercredi 30 novembre 2011

La Déesse des Sables - Vengeance of She, Cliff Owen (1968)


Carol est victime d'hallucinations qui la poussent à entreprendre un voyage en Orient, vers une destination inconnue. Ayant succombé à des incantations qui la désignent comme la réincarnation de la Reine Ayesha, elle parvient à atteindre la cité perdue de Kuma ...

Après l'énorme succès de She, une suite fut immédiatement envisagée par la Hammer et ce Vengeance of She sortit donc trois ans plus tard. Pas mal de qualités du premier volet font défauts ici : les personnages charismatiques (exit Peter Cushing, Ursula Andress et Christopher Lee), l'ambiance onirique et romantique ainsi qu'un scénario faisant plus office de suite/remake. Cependant on pourrait dire que Vengeance of She est à She ce que Le Secret de la planète des singes est au classique SF de Schaffner, une relecture bien folle dans ses idées et assez stimulante visuellement.

Contrairement au premier volet qui se déroulait en 1918 et obéissait plus aux codes du film d'aventure classique, cette suite se déroule dans un cadre contemporain et semble plus imprégné de son époque avec foule de passages psychédélique, des intérieurs chargés de couleurs montrant l’influence grandissante d’un Mario Bava et un score (excellent comme celui du premier de James Bernard) de Mario Nascimbene qui alterne entre easy listening au début pour virer au péplum monumental dans la deuxième partie. L'histoire inverse le propos du premier film avec un Killikrates (John Richardson toujours) désormais immortel et à son tour à la recherche de la réincarnation de Ayesha, disparue à la fin de She. Le début dans le monde contemporain est assez poussif et fait laborieusement et assez artificiellement le lien avec le premier film, entre les mésaventures de Carol (Olinka Belova) en pleine errance qui manque d'être violée par un routier, se retrouve sur le yacht d'un milliardaire fêtard et est régulièrement hantée par d'étranges cauchemars.

Dès que l'on revient en Afrique, le film décolle enfin malgré quelques ratés (passages dans le désert bien longs). Par contre Cliff Owen s'avère nettement plus inspiré que Robert Day et truffe son film de moments de folie pure comme cette scène d'incantation de magie noire où deux magicien se défient à distance (et qui rappellent une séquence d’un autre fleuron de la Hammer Les vierges de Satan) qui étonne par ses cadrages et son ambiance païenne palpable.

Les décors et costumes sont bien plus outrés que dans le premier épisode assez classique et exploitent enfin le potentiel flamboyant de l'univers de H. Ridder Haggard. L'arrivée à Kumar et son entrée imposante est un grand moment, tout comme la destruction finale ou une séquence de rêve/flashback aussi impressionnante que celle vue de l’original.

Les personnages sont par contre plus inégaux. Edward Judd malgré un bel abattage est assez accessoire en héros, John Richardson prolonge bien le côté tragique de son personnage de She, tandis que Derek Godfrey (aux faux airs de Vincent Price) campe un redoutable méchant ambitieux et manipulateur. Quant à Olinka Berova, malgré quelques moments de flottements (tout le début) elle assure bien l'intérim d’Ursula Andress (bien qu’on regrette qu’elle n’ait pas participé à cette suite) jouant plus du registre sentimental et innocent. Cliff Owen semble particulièrement inspiré pour mettre ses formes et sa beauté virginale en valeur. Une suite agréable donc pour un diptyque très plaisant…

Et donc contrairement au premier film, celui là est dispo en zone 2 français chez Seven Sept ce qui est tout de même un peu idiot. Je possède aussi la version de 1935 (sorti en zone 1 collector sans sous-titres) dont je parlerais sans doute un jour où l'autre !

mardi 29 novembre 2011

La Déesse de Feu - She, Robert Day (1965)


En 1918, deux officiers anglais, le major Holly et Leo Vincey, accompagnés de Job, visitent Jérusalem. Ils sont accostés par Billali, un arabe qui reconnait en Leo la réincarnation de Killikrates, un grand prêtre de l'ancienne Egypte. Le soir même, Leo est enlevé et se réveille dans une étrange maison auprès d'une splendide créature, Ayesha. Cette dernière lui remet un anneau et une carte lui permettant de traverser le désert pour rejoindre la cité cachée de Kuma où elle l'attendra, convaincue qu'il est bien Killikrates, son grand amour qui lui fut infidèle vingt siècles auparavant.


She est une production Hammer dont le succès permis au studio de renouveler son style, les ambiances gothiques alternant désormais pour les années à venir avec des films d'aventures exotique et bariolés comme Un Millions d'années avant Jésus Christ, La Reine des Vikings ou Les Femmes Préhistoriques.

Première tentative du studio dans le genre, le film bénéficie de moyens énormes avec notamment un tournage en Israël pour les extérieurs, des décors studio imposants (sans rivaliser pour autant avec les mastodontes hollywoodien) et un casting de choix où on trouve entre autre le jeune premier John Richardson, les habitués Peter Cushing et Christopher Lee et dans le rôle de She une Ursula Andress encore tout auréolée de son nouveau statut de star après le succès de James Bond contre Dr No.

Adapté du roman de H. Rider Haggard (à qui l'on doit aussi Les Mines du roi Salomon autre fleuron du genre), l'histoire avait déjà connu plusieurs versions à l'écran dont une par Méliès (adaptant le final uniquement) dès 1899 et une autre en 1935 par les auteurs de King Kong pour la RKO transposant l'histoire au pôle nord.

Robert Day livre une réalisation efficace mais sans génie, qui n'apporte pas de plus-value à ce qui se déroule à l'écran, ainsi malgré les moyens et le cadre le film conserve néanmoins la patine bricolée et désuète qui fait le charme du studio, sans un Terence Fisher pour rehausser le tout.Ce qui fait l'intérêt principal du film, c'est donc son histoire d'amour tragique à travers les siècles magnifiquement illustrée et qui donne au film une ambiance onirique de rêve éveillée unique en son genre.

La première partie lors du voyage dans le désert envoûte avec un John Richardson sentant l'appel d'une force inexplicable. Malgré un aspect un peu bavard lorsque l'on arrive à la cité cachée de Kuma, cette magie demeure et toutes les scènes entre Richardson et Ursula Andress sont chargées d'émotion et d'atmosphère. Ursula Andress trouve probablement le rôle de sa vie avec Ayesha, personnage ambivalent partagé entre la souveraine tyrannique et l'amoureuse éperdue, dualité parfaitement mise en image dans une scène de flashback expliquant la mort de son amant des siècles plus tôt.

Day est particulièrement inspiré pour la mettre en valeur, l'entourant d'une photo diaphane et de tenue immaculée lors des scènes d'amour (on pense presque toute proportion gardée à Ava Gardner dans Pandora) et la filmant en contre plongée pour la rendre plus imposante encore en reine autoritaire. John Richardson est plutôt convaincant en amoureux éperdus, bien soutenu par Peter Cushing même si plus en retrait et Christopher Lee toujours aussi magnétique en prêtre énigmatique.

La puissance de l'histoire d'amour fait donc oublier les défauts (petites longueurs et un final expédié) et certaines aberrations (le peuple caché descend des égyptien mais les soldats ont des tenues de centurions romain), occasionnant les plus beaux moments du film comme lorsque Léo ne peut se résoudre à tuer She pour sauver son amie, la première rencontre avec Ayesha où un final d'une grande puissance tragique.

Cette ampleur nouvelle mais néanmoins soumise à l’économie du studio confère ainsi une tonalité intimiste adéquate au récit qui aurait sans doute dévié de son objectif en en mettant plein la vue. Un joli film d'aventure donc qui connaîtra grand succès et appellera une suite trois ans plus tard avec La Déesse des sables (Vengeance of She en vo) avec le seul John Richardson rescapé du premier film. On en reparle demain !

Réédité récemment en zone 1 dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres. On saluera les errements de Seven 7 qui a édité la suite en zone 2 français mais pas le premier film...

Extrait

lundi 28 novembre 2011

Uranus - Claude Berri (1990)

L'histoire se déroule dans une petite ville française, bombardée, précisément au moment où la guerre se termine. La guerre, tout le monde l'a vécue mais pas de la même manière. Et les règlements de compte sont toujours d'actualité même si les chasseurs d'hier sont devenus des proies et réciproquement. C'est la valse des contraires dans laquelle le Français moyen y perd son latin : collabos ou résistants, communistes ou pétainistes, profiteurs ou exploités, traîtres ou patriotes, honnêtes ou magouilleurs, marché noir d'avant ou du moment... avec toutes les nuances imaginables...


Uranus est la deuxième incursion de Claude Berri dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. Situé au croisement du type de productions qui auront jalonné la carrière du réalisateur – petit film intimiste et grosse production - Uranus n’est en effet pas aussi personnel et poignant que Le Vieil Homme et l’enfant (son beau premier film de 1966) mais moins engoncé dans sa logistique de fresque historique que Lucie Aubrac sorti en 1996. Les années précédentes, plusieurs œuvres s’appliquèrent à écorner l'image d'Epinal d’une France toute résistante telles que M. Klein de Losey (976), Lacombe Lucien (1974) de Louis Malle ou le documentaire Le Chagrin et la pitié de Marcel Ophüls. L’aura héroïque de la Résistance, indispensable pour souder une nation passée par cinq ans d’occupation était alors indispensable et s’était propagée dans des films presque révisionnistes (spécialement lors de l’immédiat après guerre) même si L’Armée des ombres de Jean Pierre Melville était bien plus subtil et intéressant. Uranus a ceci de particulier qu’il s’attaque spécifiquement à la période plus controversée encore de l’épuration, pratiquement pas traitée au cinéma. Aidé de la plume acérée de Marcel Aymé, Claude Berri va s’appliquer à dépeindre ce moment étrange que vivait la France. 


Parmi les écrivains français majeurs de la première moitié du XXe siècle, Marcel Aymé est coutumier des adaptations cinématographiques de ses œuvres. Le Passe-Muraille, La Jument verte, La Traversée de Paris entre autres, constituèrent autant de jolies réussites que de vrais classiques du cinéma français. La Traversée de Paris justement (nouvelle issue du recueil Le Vin de Paris), exprimait la facette ambiguë de l’auteur à travers son héros (joué par Gabin dans la version cinéma) qui profitait des avantages offerts par l’Occupation allemande tout en dénonçant certains comportements révoltants de ses concitoyens. Aymé se faisait presque le reflet de ce personnage, ayant lui-même eu une attitude discutable et déconcertante à cette période. Après avoir tourné en dérision le régime nazi dans ses textes d’avant guerre, durant l’Occupation, il fournit plusieurs de ses écrits (néanmoins dénués de messages politiques) à des journaux collaborationnistes, tout en fréquentant le réalisateur marxiste Louis Daquin et il travailla même un temps sur un projet au sein de la Continentale Films (société de production financée par les allemands durant l’Occupation dont Tavernier narre les aléas dans son excellent Laisser passer).
 Un parcours inclassable qui symbolise parfaitement ce qu'Aymé chercha à traduire dans ses écrits : l’instinct de survie de l’humain prêt à accepter tous les compromis pour ne pas disparaître. Ce qui différenciera les bons des mauvais, c’est le degré de renoncement à ses valeurs, entre la vraie cruauté, le vil profit ou l’indifférence polie. Marcel Aymé ne se place pas au-dessus du lot, loin de là, refusant même la légion d’honneur qui lui est proposée en 1949 du fait de ses antécédents (même si c’est surtout son amitié avec Céline (entre autres) qui lui vaudra d’être légèrement inquiété). Cette lucidité se traduira dans ses œuvres les plus virulentes dont Uranus paru en 1948. Ce roman est le troisième volet d’une trilogie sur la société française, précédé par Travelingue en 1941 sur la période du Front Populaire et Le Chemin des écoliers en 1946 sur l’Occupation. Fustigeant autant les collaborationnistes que les revanchards de l’épuration, Uranus abordait sans fard cette période plus révoltante encore que l’Occupation. Sondant les tréfonds de l’âme humaine comme personne, Aymé devait évidemment avoir quelques problèmes et l’adaptation envisagée dès le succès de La Traversée de Paris ne vit le jour que bien plus tard, quand les rancœurs s’étaient apaisées, sous la houlette de Claude Berri.

Très fidèle au roman, le film de Claude Berri dépeint donc les tensions régnant dans un petit village français au lendemain de la Libération. Suspicion de tous les instants, dénonciations arbitraires baignent le quotidien d’un groupe de personnages formant un microcosme idéal des différents types de personnalités s'étant révélés durant l’Occupation. Les honnêtes gens se sentant coupables de leur apathie quand tout allait mal (Jean Pierre Marielle tout en subtilité), le brave type ayant vaguement traficoté pour arrondir les fins de mois (Gérard Depardieu excellent en bon vivant adepte de la poésie) et les vraies ordures s'étant enrichies au détriment des autres et ayant encore le bras long (surprenant et abject Michel Galabru). Les conflits idéologiques d’alors sont également très bien retranscrits à travers la description des communistes. On y retrouve les acharnés appliquant la doctrine et semant la terreur fort de leur passif de résistants, et également ceux dépassés mais souhaitant réellement changer le pays en prenant le pouvoir. Fabrice Luchini en petit bourgeois étalant sa rhétorique sans nuance ni compassion est brillant, face à lui un Michel Blanc plus mesuré mais tout aussi convaincant.


L’image donnée de cette France encore traumatisée n’est pas bien belle, Berri parvenant par intermittence à disséminer l’ambiguïté des écrits de Marcel Aymé. Ainsi l’ancien collaborateur Maxime Loin (joué par Gérard Desarthe) s’avère mesuré et lucide, ne regrettant pas ses choix et ses erreurs tandis qu’à l’opposé, le communiste incarné par Paul Prévost fait preuve d’une attitude révoltante, calomniant à tout va et abusant de sa légitimité. Les forces de l’ordre aux petits soins des puissants ne valent guère mieux.

En dépit de ses diverses qualités et son audace, l'oeuvre de Berri souffre de la comparaison inévitable avec l’autre grand film tiré de Marcel Aymé sur la période, La Traversée de Paris. Le ton grinçant, drôle et pathétique de ce dernier s’estompe sous la patine trop manichéenne et didactique du scénario écrit par Berri et Arlette Langmann. Là où les dialogues du classique de 1956 claquaient comme des fouets car idéalement insérés aux différentes situations rencontrées, ceux d'Uranus (pourtant très fidèles) lourdement amenés cèdent au monologue démonstratif et sentencieux.

Chose vraiment regrettable au vu des prestations époustouflantes d'un casting de luxe, notamment Philippe Noiret résigné et poignant lorsqu’il explique son détachement des choses de la vie suite aux pertes douloureuses qu’il a subies. Néanmoins l’essentiel est préservé, telle cette conclusion cinglante et ironique où, en voulant épargner une exécution sommaire à un personnage coupable, Marielle provoque bien malgré lui la mort d’un innocent.

Disponible en dvd chez Pathé

dimanche 27 novembre 2011

Inglorious Basterds - Quentin Tarantino (2009)

Dans la France occupée de 1940, Shosanna Dreyfus assiste à l'exécution de sa famille tombée entre les mains du colonel nazi Hans Landa. Shosanna s'échappe de justesse et s'enfuit à Paris où elle se construit une nouvelle identité en devenant exploitante d'une salle de cinéma. Quelque part ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine forme un groupe de soldats juifs américains pour mener des actions punitives particulièrement sanglantes contre les nazis. "Les bâtards", nom sous lequel leurs ennemis vont apprendre à les connaître, se joignent à l'actrice allemande et agent secret Bridget von Hammersmark pour tenter d'éliminer les hauts dignitaires du Troisième Reich. Leurs destins vont se jouer à l'entrée du cinéma où Shosanna est décidée à mettre à exécution une vengeance très personnelle...

Depuis le palmé Pulp Fiction, encore dans la continuité de son Reservoir Dogs inaugural, Quentin Tarantino aura manié comme personne l’art du contre pied, préservant sa personnalité et affinant sa patte de film en film. Alors que pullulent les sous Pulp Fiction et qu’on attend de lui une nouvelle pellicule comico-violente, il livre avec Jackie Brown un portrait de femme intimiste baigné d’hommage à la blaxploitation. Ceux qui y auront vu le film de la maturité en seront pour leurs frais, avec un extraordinaire Kill Bill Volume 1, formidable objet pop aux confins des genres et d’une liberté absolue. Une jubilation contrebalancée par un Volume 2 opérant un subtil et poignant retour au monde réel, tandis que le slasher attendu sur Boulevard de la Mort existe réellement le temps d’une scène de collision mémorable, avant une seconde partie en forme d’hymne au « girl power ». Ce Inglourious Basterds ne déroge pas à la règle.

Arlésienne entretenue par Tarantino depuis bientôt dix ans, le projet aura fait du chemin par rapport à l’idée de base. Au départ annoncé comme un remake d’une bisserie de Enzo G. Castellari (mêlé d’un hommage aux films de commando à la Douze Salopards), le film aura alimenté les fantasmes les plus fous des amateurs d’action avec un casting supposément doté de tous les héros à biceps des 20 dernières années, de Stallone à Schwarzeneger en passant par Bruce Willis, ainsi que les habitués Michael Madsen ou Samuel L. Jackson. Un sujet si longtemps maturé ne pouvait que dévier peu à peu dans une autre direction. Si le film de commando est bien là, ce n’est que par intermittence, au sein d’une intrigue ambitieuse, sérieuse et loufoque à la fois, où Tarantino convoque à nouveau son amour du cinéma et de ses sous genres.

Dans une narration chapitrée qu’il affectionne, Tarantino articule son récit autour des trois sommets que sont l’ouverture, la séquence de la taverne et la conclusion dans le cinéma. Témoignant chacun d’un genre précis pour les deux premières, puis du cinéma lui-même pour la dernière, leur disposition tout sauf anodine et leur ton illustrent l’ambition et la direction souhaitée par Tarantino.

La première scène est au croisement des introductions de Il était une fois dans l’Ouest et Le Bon, la Brute et le Truand, autant par les réapropriations visuelles (la lente arrivée au loin des allemands sur fond de Ennio Morricone) que narratives (l’amabilité lourde de menace de Hans Landa, le massacre de la famille de Shossana) et thématiques (une nouvelle fois la vengeance) du cinéma de Sergio Leone. En plus de susciter l’émotion par son issue tragique, ce début dépeint d’entrée le machiavélisme et l’intelligence du Colonel Hans Landa (tel un Fonda ou un Sentenza, Leone encore) et l’importance qu'aura dans le récit l’usage des différentes langues.

Le réalisateur n’a rien perdu de son art de l'esquisse de personnages hauts en couleur et de l'écriture de dialogues savoureux. Outre Hans Landa, génialement campé par un Christopher Waltz qui n’a pas volé son prix d’interprétation à Cannes (et son Osacar du second rôle), les fameux « Basterds » réservent les instants les plus savoureux et outranciers du film, malgré un temps réduit à l’écran. Les plus charismatiques d’entre eux se taillent la part du lion. Brad Pitt, gradé plouc adepte du couteau, accompagne son timing comique parfait d’un accent sudiste tordant et aligne les répliques d’anthologies. Til Schweiger, imposant tueur de nazi à la mine patibulaire et Eli Roth en « Ours Juif » adepte de la batte de base-ball ont également droit à des présentations tonitruantes et jouissives.

La séquence de la taverne et les scènes qui l’introduisent forment le second mouvement de la symphonie tarantinesque. C’est cette fois les films d’espionnage des années 40 (le look parfait de Diane Kruger) et le Lubitsch de To be or not to be qui s’invitent. Jeux de faux semblants, tension palpable et coups de théâtre savamment distillés par un Tarantino au sommet de son art, parvenant même à glisser quelques blagues (l’allusion à King Kong) dans ce long moment de suspense haletant. C’est l’occasion de souligner l’aspect finalement assez anti spectaculaire du film (hormis la fin) et la prouesse du réalisateur qui parvient à nous tenir de la première à la dernière minute par son seul talent de raconteur d’histoire.

Les clins d’œil cinématographiques ayant accompagné tout le film (le cadrage de la porte à la Prisonnière du désert accompagnant la fuite de Shossana au début) trouvent leur aboutissement dans le final où le cinéma lui-même sera l’instrument de la victoire (avec cette autre belle idée qu'est la pellicule à nitrate inflammable) dans une uchronie sacrément culottée. Instrument narratif par sa vengeance et thématique par son témoignage du pouvoir absolu du cinéma sur les hommes, Mélanie Laurent est le personnage pivot du récit, le ciment entre l’aspect purement philosophique et audacieux voulu par Tarantino et le seul du film à provoquer par son destin et ses actions l’empathie nécessaire à former un tout cohérent, réfléchi et poignant à la fois.

La spectaculaire éradication de l’ensemble du gotha nazi est ainsi un grand moment de cinéma, une déclaration d’amour aux images infernales et une des plus inoubliables manifestations de la vengeance (pourtant déjà bien alimentée chez le cinéaste). La projection du visage de Mélanie Laurent riant aux éclats alors que le chaos se déchaîne et que les nazis tombent comme des mouches hantera longtemps le cinéphile.

Tarantino signe là l’une des plus belles réussites d’une filmographie parfaite, qu’il conclut en parvenant à nous faire jubiler une ultime fois par le châtiment exemplaire que réserve Raine à l’infâme Hans Landa.

Sorti en dvd chez Universal


vendredi 25 novembre 2011

The Game - David Fincher (1997)


Nicholas Van Orton (Michael Douglas), homme d'affaires avisé, reçoit le jour de son anniversaire un étrange cadeau que lui offre son frère Conrad (Sean Penn). Il s'agit d'un jeu. Nicholas découvre peu à peu que les enjeux en sont très élevés, bien qu'il ne soit certain ni des règles, ni même de l'objectif réel. Il prend peu à peu conscience qu'il est manipulé jusque dans sa propre maison par des conspirateurs inconnus qui semblent vouloir faire voler sa vie en éclats.

Brisé par un tournage éprouvant et sous pression, David Fincher avait tiré un résultat miraculeusement réussi de son Alien 3 mais dont il ne se montra jamais satisfait et reniant le film. Le fruit de ses frustrations et angoisses donna au suivant Seven toute la noirceur, le désespoir et le nihilisme urbain qu’on connaît pour ce qui est un des sommets des années 90. Remis en confiance par l’immense succès du film, Fincher allait décontenancer son monde avec ce qui reste son film le plus controversé et déroutant.

The Game suis donc le parcours de Nicholas Van Horn (Michael Douglas) un très riche homme d'affaire dont la vie vire progressivement au cauchemar lorsque le mystérieux jeu auquel il s'est inscrit sous l'initiative de son frère pour pimenter son quotidien, vire au terrorisme organisé.

Plusieurs films en un viennent ainsi compléter le puzzle qu’on doit en partie à Andrew Kevin Walker, déjà responsable du script de Seven. Tout d'abord on a thriller psychologique le plus paranoïaque qui soit, truffé de rebondissements où le danger peut venir de partout, de toutes les façons possibles, par l'intermédiaire de n'importe qui et à tout moment, maintenant le spectateur dans une tension perpétuelle. La mise en scène de Fincher est oppressante et claustrophobique au possible, ne lâchant pas d'une semelle un Michael Douglas qui passe de l’indifférence détachée à l’anxiété la plus appuyée. Plusieurs scènes sont particulièrement saisissantes de ce point de vue comme celle où le héros se retrouve dans un hall d'hôpital qui s'avère être factice et qui se vide de son personnel en un clin d'œil, on nage en pleine quatrième dimension. Toute aussi stressant est ce passage voyant Michael Douglas s prisonnier d'une voiture sans conducteur qui fonce s'échouer en mer.

David Fincher n’a jamais caché son admiration et l’influence qu’on put avoir sur lui les films 70’s de Alan J.Pakula. Ici on pense ainsi fortement à Klute (1971) et A Cause d’un assassinat (1974). Du premier on reconnaît un même usage des codes du thriller (et ce sens du malaise indicible) pour finalement dessiner le portrait et le parcours initiatique d’une âme troublée, ici Van Horton présenté au départ comme arrogant et solitaire mais dont cette nature es dû à la vision enfant du suicide de son père et des responsabilités qui en ont découlées, lui volant son innocence. Quant à A cause d’un assassinat on en retrouve la paranoïa véhiculée par une entité mystérieuse, groupuscule gouvernemental dans le film de Pakula alors qu’ici la menace ici s'avère abstraite et conceptuelle avec la société CRS.

The Game est finalement une réflexion sur la fiction sous ses différentes formes, que ce soit par l’intermédiaire du cinéma ou le jeu vidéo. Tout au long du film, on constate que plusieurs solutions alternatives se présentent selon les choix que pourrait faire Michael Douglas et on retrouve l'un des thèmes du futur Fight Club sur l'interprétation de la réalité et le fait que le tout soit peut-être dû à la folie du héros est suggéré à plusieurs reprise. Le jeu que suggère le titre est en fait celui destiné à trouver (de manière fort tortueuse) le chemin de la rédemption et de la paix intérieure pour Michael Douglas.

Ce n’est qu’en ayant franchi les différentes épreuves/niveau qu’il pourra prétendre à être un autre homme et vivre différemment. Le twist final qui tient autant de la fumisterie que du coup de génie s'inscrit parfaitement dans cette idée, un incroyable pic émotionnel laissant place à un ersatz de Surprise sur prise. C’est sans doute l’une des conclusions les plus culottées vues dans un film de studio américain (même si l’explosif final de Fight Club allait faire mieux) pour un Fincher majeur et passionnant qui mérite d’être réhabilité.

Disponible en en dvd zone 2 français chez Universal dans une passionnante édition collector

jeudi 24 novembre 2011

Adam and Evelyn - Harold French (1949)


Pensionnaire d'un orphelinat, Evelyne est recueillie par Adam qu'elle croit être son père. Mais les choses tourneront vite autrement...

Adam and Evelyn est un film qu'on retient surtout pour être celui de la rencontre (même s'ils s'étaient croisé sur le César et Cléopâtre de Gabriel Pascal) et du coup de foudre entre Stewart Granger et Jean Simmons. Leur liaison demeurera un temps secrète Granger étant marié mais ils s'uniront dès l'année suivante pour former un des couples les plus emblématique du cinéma des 50's. Adam and Evelyn mérite cependant bien plus d'intérêt que ces seuls éléments annexes et constitue une assez charmante et inventive comédie romantique.

L'intrigue joue habilement sur la différence d'âge entre les deux stars. Stewart Granger est un séduisant célibataire gagnant sa vie par le jeu clandestin lors de parties organisées chez lui ou ses partenaires. Lorsqu'un de ses amis jockey meurt accidentellement, ce dernier lui demande de s'occuper de sa fille Evelyn (Jean Simmons) qu'il n'a jamais vue mais avec qui il correspondait dans l'espoir de la faire quitter l'orphelinat. Il omet cependant un détail avant de mourir, c'est d'avouer qu'il a emprunté le nom et envoyé la photo de Granger pour apparaître sous un jour plus avantageux à sa fille. Ce dernier a donc droit à une sacrée surprise lorsque cette dernière le prend pour son père lors de sa visite, il n'aura pas le cœur de lui avouer et l'emmènera vivre avec lui maintenant ainsi le quiproquo.

Le film s'avère très distrayant dans la confrontation entre ce viveur oisif à l'ironie constante et cette jeune fille jamais sortie de son orphelinat. L'alchimie entre le distancié Granger et une Jean Simmons charmante d'innocence est parfaite et les situations amusante (Simmons habituée aux horaires d'orphelinat qui réveille Granger aux aurores, une promenade dans Londres filmée du point de vu des pieds où Granger exténué a la marche de moins en moins assurée face aux pas alerte de Simmons) alternent à d'autres plus sensible par le regard toujours émerveillé de la jeune fille. Jean Simmons qui malgré son jeune âge avait déjà amorcé un virage vers des personnages plus féminin et séduisant (Le Narcisse Noir, la première version du Lagon Bleu voire même Les Grandes Espérances) joue pourtant à plein de ce côté très enfantin par ses attitudes, son allure timorée, ses couettes et candeur charmante.

Ce choix ne rend ainsi que plus grand le contraste de la seconde partie où on retrouve Evelyn deux ans plus tard, désormais femme, sûre d'elle et attirante. Nombre d’autres productions aurait tenues un film entier sur la simple idée du pitch de départ mais il en va différemment ici. Après le début si enlevé, French instaure un climat plus feutré et teinté de non-dit où se devinent progressivement l'attirance entre Evelyn et son tuteur. Les acteurs sont à nouveaux formidable notamment Granger lors de sa réaction face une Evelyn transformée après une longue absence, sa jalousie contenue face à la séduction de son frère fourbe Roddy (Raymond Young) et les efforts qu'il fait pour nier une attirance coupable. Le script inverse d'ailleurs remarquablement les positions de chacun.

Après avoir involontairement fait d'une fille innocente une femme capable de le séduire, c'est au tour de Granger de se plier malgré lui à l'image respectable que Jean Simmons se fait de l'homme qu'elle aime. Tout cela se fait sans rebondissements spectaculaire (et même celui qui conclut est traité plutôt sobrement) au détour de séquences en apparences anodines mais chargée de sens. Les seconds rôles contribuent largement à cette finesse notamment Helen Cherry en amante de Granger tiraillée par la jalousie.

Harold French déploie une mise en scène plutôt fonctionnelle entièrement au service des acteurs mais sait conférer un rythme soutenu à son film dont les 88 minutes filent à toute vitesse. Une bien plaisante romance donc qui sans être leur meilleur film en commun témoignait déjà du bel attrait de Jean Simmons et Stewart Granger réunis à l'écran.

Sorti en dvd zone 2 anglais au sein du coffret Stewart Granger et doté de sous-titres anglais

Extrait piquant avec une charmante Jean Simmons

mercredi 23 novembre 2011

Le Fils Prodigue - The Prodigal, Richard Thorpe (1955)


70 avant Jésus-Christ. Le Juif Micah sauve la vie d'Asham, un esclave muet poursuivi par Rhakim, au service de Nahreeb, le grand prêtre de Baal. Il en fait son domestique. Fils d'Élie, Micah est fiancé à Ruth, qu'il doit épouser prochainement. Lors d'une visite au grand rabbin, Micah, frappé par la beauté de Samarra, la grande prêtresse d'Astarté, décide de la séduire à tout prix. Après avoir pris congé des siens, il part pour Damas, où Nahreeb affame le peuple.

The Prodigal est un bien curieux objet en forme de bon gros plaisir coupable qui en appliquant jusqu’à l’excès les principes du péplum biblique donne un résultat fort singulier et kitsch. Le pourtant bon artisan Richard Thorpe (Les Chevaliers de la Table Ronde, Ivanhoé) se fourvoie de manière fascinante et ce dès le pitch adapté d'un épisode de la Bible et plus précisément comme indiqué de l'évangile de Luc alors que le film se déroule 70 avant Jésus Christ. En fait les scénaristes s’emmêlent les pinceaux en donnant un cadre historique à ce qui est à l’écrit une simple parabole. Même les moins habitués des salles de catéchisme apprécieront.

La première partie du film est la plus réussie avec un argument scénaristique imparable : le héros veut plus que tout finir dans le lit de Lana Turner et va pour cela renoncer à tous ses principes, sa fierté, sa religion. L’excès et l’irréalisme hollywoodien sont de mise entre les costumes aux couleurs flashy renforcé par le technicolor flamboyant , les décors grandioses et kitsch et une atmosphère païenne teintée de luxure avec son lot d'idées tordues : des femmes juchées sur une roue de la fortune qu'on choisit après l'avoir fait tourner, un marché aux prostitués pour les nantis, des prêtresses qui s'offrent aux visiteurs du temple…

Quant à Lana Turner, elle est réduite à l’argument sexy le plus élémentaire et rivalise de tenues affriolantes qu’elle change toute les scènes. Malgré les moyens qu'on devine assez colossaux, Richard Thorpe ne parvient à conférer toute l'ampleur nécessaire à quelques exceptions près (les scènes de sacrifices humains où les esclaves se jettent dans un puits de flammes) mais ce côté un peu cheap confère tout son charme désuet au film qui aurait pu être moins distrayant si plus imposant.

Après ce festival de dérives en tous genres le film retombe malheureusement dans les conventions du péplum biblique classique lorsque le héros qui a enfin assouvi ses pulsions se transforme en défenseur des pauvres et retrouve la foi. Lana Turner jusque-là femme fatale antique vénéneuse dans toute sa splendeur découvre l'amour et perd un peu de son pouvoir de fascination. Le final est même plutôt révoltant avec le peuple prêt à détruire et tuer tout représentant et symbole du culte polythéiste, Mica qui laisse sacrifier sa belle (plus tolérante de sa religion à lui que l'inverse) et rentre chez lui respecter sa foi et son père.

Un maître comme Cecil B. DeMille avait élevé ce genre de contradiction (plaisir à montrer l’excès contrebalancé par des élans de foi outrancier) au rang d’art dans ses péplums qu’on a évoqué sur le blog comme Le Signe de la Croix, Cléopâtre etla seconde version des Dix commandements tous portés par un vrai génie visuel. Richard Thorpe n’a pas le talent ni la vision qui pouvait fasciner chez DeMille et ce côté réactionnaire involontaire et premier degré prête finalement plus à rire qu’autre chose. Avec le succès de La Tunique et Quo Vadis, la mode est à ce type de péplum exalté et spectaculaire qui peut donner des films réussis en dépit des conventions mais Le Fils Prodigue les pousse à un tel degré qu'il en devient une grandiose caricature.

Côté casting Edmund Purdoom (grand habitué du péplum qui a débuté dans l’autrement) plus réussi L’Egyptien de Michael Curtiz l’année précédente et traité sur le blog) est fade juste ce qu'il faut en héros influençable, Louis Calhern en grand prêtre manipulateur en fait des tonnes, tout comme Neville Brand en général sadique et Joseph Wiseman plus connu pour son rôle de Docteur No est parfaitement sournois en faux mendiant avide.

Lana Turner peu concernée apporte une contribution essentiellement sensuelle, toute en pose suggestive et en déhanché et il n'y a bien la Liz Taylor dans le Cléopâtre de Mankiewicz pour véhiculer un érotisme équivalent dans le péplum américain (le talent dramatique en plus évidemment). Après une telle description on pourrait prendre la chose pour un affreux nanar mais c’est suffisamment soigné et distrayant pour être surtout comme déjà dit un gros plaisir coupable. L’âge d’or hollywoodien dans tout ses états...

Sorti en dvd zone 1 chez Warner et doté de sous-titres français

mardi 22 novembre 2011

Ne nous fâchons pas - Georges Lautner (1965)

Antoine Beretto est un malfrat qui a élu domicile sur la Côte d'Azur après s'être retiré des affaires. Deux amis viennent lui rendre visite et les ennuis commencent...

Ne nous fâchons pas venait conclure la trilogie comico policière de Lautner (Les Tontons Flingueurs, Les Barbouzes) et marquait la fin d'un cycle, Lino Ventura ayant décidé, après les excès de ce film, de revenir à des univers plus sérieux. Lautner reviendra bien à la comédie policière déjantée avec Laisse aller c’est une valse, mais celui ci sera plus imprégné de la forte personnalité « franchouillarde » de Jean Yanne et ne distillera pas le sentiment d’aboutissement de Ne nous fâchons pas.

Les situations entrevues dans Les Barbouzes et Les Tontons sont ici poussées dans leurs derniers retranchements grotesques. Une nouvelle fois, l’ouverture semble s’inscrire dans le policier classique, où un Lino Ventura voulant se faire rembourser une dette par Jean Lefebvre se retrouve confronté à un redoutable gangster anglais. Après cette mise en place parfaite, le film part totalement en roue libre avec un Lautner multipliant les situations les plus absurdes et les gags surréalistes. Le final vengeur, où la bande de Ventura multiplie les attentats farfelus contre l'Anglais, est assez inoubliable, les dialogues d’Audiard s'intégrant toujours aussi bien. Difficile en effet de garder son sérieux lors d’une séquence en voiture où Constantin, proposant de prendre le volant à Ventura qui vient de pulvériser un décor et multiplier les tonneaux , voit ce dernier lui répondre « Je peux pas quand je conduis pas j'ai peur ».

La vague notion de réalisme et d’inscription dans un genre est ici totalement annihilée par un sentiment de liberté et de folie tous azimuts. Le film échappe finalement à sa nationalité pour lorgner vers les comédies et parodies psyché anglo- saxonnes qui inondaient les écrans, comme la série des Matt Helm, Notre Homme Flint, Modesty Blaise ou encore la première version de Casino Royale. Les ennemis anglais permettent d’ailleurs à Lautner d'aborder cet humour typique et d’orienter le film vers une pure ambiance « Swinging London », les hommes de main du méchant arborant de parfaits look de mods et roulant en mobylette sur une bande son rock psyché des plus réussie. À l’apogée du mouvement, autant musical que vestimentaire, Lautner prouve qu'en France aussi, on pouvait réaliser de grandes œuvres pop. Cette influence moderne se manifestera de nouveau dans Le Pacha , avec la bande son de Gainsbourg et un Jean Gabin s’aventurant dans des boites de nuit hippies.

Le casting parvient néanmoins à s’imposer malgré la furie de l’ensemble, Ventura, en gros sanguin faisant des efforts pour se contrôler (le titre y fait d'ailleurs référence) est parfait, tout comme le génial Michel Constantin (que l’on retrouvera à de nombreuses reprises chez Lautner) et Mireille Darc, bien aidés par un Audiard livrant quelques-unes de ses plus belles saillies :

« Dans ces poids-là, j'peux vous l'embaumer façon Cléopatre, le chef-d’oeuvre égyptien, inaltérable!
- Mais on vous demande pas de conserver, on vous demande de détruire!
- Ahh! Euuuh... j'vous proposerais bien le puzzle "le congolais" : 32 morceaux plus la tête. Ou alors le cubilot de Vulcain : 10 tonnes de fonte, quinze-cents degrés, et vot' petit jeune homme se retrouve en plaque d'égout ou en grille de square.
- Non, NON! Ni en poignée de porte, ni en lampadaire, c'que j'veux c'est plus le voir, là!
- Mon ami tient un commerce
. »

Pas aussi maîtrisé que Les Tontons Flingueurs, moins cohérent que Les Barbouzes, Ne nous fâchons pas est pourtant le plus fascinant des trois films, installant la France dans l’esprit d’une époque, tout en gardant son identité propre. Peu s’y sont risqués depuis, dans le cinéma hexagonal, et aucun avec le génie de Lautner.

Sorti en dvd chez Gaumont