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jeudi 16 février 2012

Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ? - Mio Dio, come sono caduta in basso !, Luigi Comencini (1974)


Sicile, début du XXe siècle. Eugenia Maqueda (Laura Antonelli) et Raimondo Corrao, marquis de Maqueda (Alberto Lionello) découvrent lors de leur nuit de noces qu’ils sont frère et sœur. Il leur est donc impossible de consommer le mariage. Pour des questions d’apparences à sauvegarder et aussi d'héritage et ils décident de ne rien dire à personne et de vivre dans la chasteté absolue comme un frère et une sœur. Mais les besoins de la belle Eugenia sont de plus en plus pressants.

Comme l'indique son titre à rallonge annonciateur de grosse farce Mio Dio, come sono caduta in basso ! semble au départ une comédie italienne outrancière typique du genre, sentiment renforcé par la présence sexy d'un Laura Antonelli peu avare de ses charmes. Sous ses atours commerciaux bien présents, Comencini dissimule un de ses films les plus passionnants. Tous l'excès de l'histoire et des situations servent en fait un propos fort ambitieux où les errances comiques des personnages servent un portrait peu reluisant de la bourgeoisie italienne du début du XXe siècle.

Parmi les travers de cette société, il y a notamment une certaine hypocrisie morale qui va s'affirmer dès l'ouverture de manière fort audacieuse. Une narration en flashback nous fait découvrir la marquise Eugenia Maqueda (Laura Antonelli) perdue à Paris et aux idées suicidaires pour des raisons que nous allons voir. Douze ans plus tôt le jour de ses noces, elle apprend alors que le mariage s'apprête à être consommé qu'elle et son époux (Alberto Lionello) sont en réalité frères et sœurs. Ironiquement, tout ce qui aura précédé cette révélation aura cherché à appuyer la candeur et la vertu des deux époux.

Laura Antonelli élevée au couvent se voit donc expliquer "les choses de la vie" quelques minutes à peine avant la cérémonie par une vieille tante édentée et les mariés font preuve d'une timidité et maladresse trahissant leur totale inexpérience. Pourtant le secret qui va trahir leur parenté révèle sous la vertu de ce milieu guindé des mœurs dissolues qui amène ce drame de départ. Pour sauver les apparences nos héros poursuivent une chaste coexistence mais tiraillés par un terrible désir.

Comencini joue astucieusement avec l'image sexy associée à Laura Antonelli, dont la frustration sexuelle accompagne celle du spectateur de l'époque habitué à la voir peu farouche dans d'autres productions. L'actrice délivre une performance comique géniale d'excès, où les refus de façade des diverses tentations ne sont que des appels du pied d'autant plus torride. On en a une démonstration lors de la longue séduction parisienne avec le noble français joué par Jean Rochefort et surtout plus tard par la première étreinte sur la paille avec le chauffeur.

Une séquence d'une sensualité affolante où Laura Antonelli tout en témoignant mollement son refus laisse son amant (un tout jeune Michele Placido dans un de ses premiers rôles) lui arracher longuement les diverses couches de dentelles et autres froufrous affirmant le corps féminin comme un nid de tentation qu'il faut dissimuler. Ce qui est caché renforce finalement la teneur excitante en fait et Comencini après cette escalade masque l'acte en lui même qui est éludé avec des ellipses lourdes de sens sur l'extérieur de la cabane où s'ébattent les amants.

Laura Antonelli symbolise la dualité de cette société bourgeoise engoncée dans les principes respectable mais rongée par la quête de transgression. Ce n'est pas un hasard si Comencini choisit de situer l'action en Sicile où l'archaïsme et les mentalités rétrogrades sont exacerbés, tout en étant facilement acceptable par le spectateur grâce aux films de Pietro Germi Séduite et Abandonnée ou Divorce à l'italienne ayant contribué à cette image.

L'intérêt est donc de voir comment les personnages vont chercher à éteindre ce désir. Pour Laura Antonelli, le refuge se fait par l'église qui en prend pour son grade avec des prêtres forcément plus véhéments quant au respect des vœux de virginité des femmes, ces pécheresses. L'histoire dérive dans les solutions trouvées par l'époux qui amorce la dimension politique du récit. L'ombre de l'écrivain et poète D'Annunzio plane sur le film à travers le parcours de Raimondo.

Les écrits D'Annunzio sont rattachés à une certaine sophistication verbale où se dispute une verve très imagée et excessive pour les étreintes charnelles passionnées (et fantasmée) et une vision du mâle italien mythologique et conquérante. On en a diverses démonstrations lorsque Raimondo endoctrine un groupe d'ouvriers par un discours incompréhensible (et repris d'un vrai texte D'Annunzio) ou quand on le montre auréolé de gloire militaire après qu'il ait participé aux campagnes de Libye en 1911.

Les préceptes D'Annunzio préfigurent tout simplement ceux de l'idéologie fasciste que Mussolini saura réinterpréter lors de son arrivée au pouvoir (même si D'Annunzio s'opposera à lui lorsqu'il s'alliera à l'Allemagne nazie). C'est un refuge où se plonge cette bourgeoisie et aristocratie éttouffée par les conventions partout ailleurs, et de là à dire que Mussolini et les futurs fascistes sont ce qu'ils sont car frustrés il n'y a qu'un pas. Toutes ses thématiques se déroulent de manières limpides car illustrée par la pure verve comique de Comencini : les femmes se pâmant d'amour à la simple lecture de poème D'Annunzio ou au bord de la syncope lors de ses furtives et très théâtrales apparition, ou encore cette fameuse figure du mâle tout puissant autant moquée que vantée.

La dernière partie renforce encore l'ironie quand plus que d'assouvir leurs pulsions, les époux s'avèrent finalement bien plus dépravés qu'au départ que ce soit l'expérience saphique de Laura Antonelli ou l'appartement écarlate de Raimondo transpirant la luxure, l'inceste ne posant plus de problème en fin de compte.

En plus d'être captivant sur le fond le film s'avère un des plus aboutit visuellement de Comencini. Le scénario est dû à Ivo Perilli (sorti de sa retraite par Comencini et ayant connu une carrière fructueuse dans les années au côté de Mario Camerini entre autres) grand connaisseur de cette période historique ce qui donne un aspect très réaliste accentué par les décors et costumes d'un Dante Ferreti pas moins érudit.

La photo de Tonino Delli Colli donne un bel éclat ensoleillé à ce cadre sicilien et met bien en valeur la somptueuse reconstitution historique où Comencini sans faire son Visconti (car recherchant plus le réalisme que la pure flamboyance) flatte joliment la rétine dans ses choix picturaux. Un très bon cru pour le réalisateur donc qu'il conclut par une séquence sexy et rigolarde tout aussi brillantes que celles qui ont précédées où l'héroïne assume enfin ses pulsions.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo

Extrait

4 commentaires:

  1. J'ai été généreux en captures en plus, on dit merci qui ? ^^

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  2. Je vous dis merci pour cette jolie découverte. J'adore Comencini mais j'avais négligé cette charmante comédie auréolée des charmes de Laura Antonelli !

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  3. De rien et sur des thèmes voisins (puisque adapté de D'Annunzio) versant plus sombre c'est à compléter avec "L'Innocent" de Visconti toujours avec Laura Antonelli ça devrait vous intéresser aussi !

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