Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 30 mars 2013

Lucia et le Sexe - Lucía y el sexo, Julio Medem (2001)


Venue sur une île de la Méditerranée pour se ressourcer, Lucia pleure le décès de son amant et entreprend une quête intime qui va l'emmener au fil de ses rêves, de ses souvenirs et de ses rencontres à lever le voile de ses mystères et à découvrir les aspects troubles de son ancienne relation amoureuse.

Julio Medem signe avec Lucia et le Sexe un film en réaction à son précédent et magnifique Les Amants du Cercle Polaire (1998). Ce dernier partait d'une note romantique innocente avec cette romance enfantine de deux âmes sœurs qui passeraient leur vie à se chercher et se terminerait sur leur réunion aussi poétique que tragique. Medem décide pour son film suivant de fonctionner de manière inversée, de partir du drame et du désespoir le plus total pour voguer progressivement sur une atmosphère et un ton plus lumineux. C'est d'ailleurs assez paradoxal, les drames auxquels font face les personnages sont ici bien plus terribles que dans Les Amants du Cercle Polaire mais le film est finalement plus optimiste. La structure narrative reprends d'ailleurs celle des Amants avec ce chapitrage, ces bonds dans le temps du point de vue d'un personnage où d'une thématique mais avec une complexité plus grande.

Le film s'ouvre sur une discussion téléphonique douloureuse entre Lucia (Paz Vega) et son amant Lorenzo (Tristan Ulloa). Ils se sont quittés sur une dispute et Lucia le sentant au plus mal moralement rentre chez eux avant qu'il ne fasse une bêtise mais trop tard, Lorenzo est mort renversé par une voiture. Folle de douleur elle s'enfuit et décide de se réfugier dans une île de la Méditerranée pour se ressourcer. Cette île rattache le seul souvenir qui lui ait jamais ravit l'amour de Lorenzo, puisque six ans plus tôt il y connu le soir de son anniversaire une torride aventure avec une inconnue qu'il ne revit jamais et qui s'avère être Elena (Najwa Nimri héroïne des Amants du Cercle Polaire ) tenancière de l'auberge où réside Lucia. La narration va ainsi se partager entre les moments solaire et onirique sur l'île où les personnages tentent de se reconstruire et des flashbacks dépeignant les amours et douleurs passés dans un récit choral alors que l'on pensait voir la seule Lucia au centre des évènements.

Avec une audace de tous les instants, Medem déploie là le romantisme le plus total, la sensualité la plus torride et laisse éclater son penchant pour les rebondissements et les coïncidences les plus abracadabrantesques, qui seraient ridicule chez tout autre mais d'une poésie envoutante chez lui. La première rencontre entre Lucia et Lorenzo donne le ton, avec une Lucia abordant de manière totalement décomplexée et naïve l'homme qu'elle aime immédiatement sous le charme. L'étreinte nocturne entre Lorenzo et Elena en mer et sous une pleine lune éclatante participe également à cette tonalité.

Chez Medem, le sexe est une fête, une libération s'ouvrant à tous les excès, à l'abandon de soi le plus complet et le réalisateur fait preuve d'une crudité surprenante avec les coïts sauvages, torrides et inventifs entre Lucia et Lorenzo. Paz Vega est à ce titre une sorte d'idéal féminin que Julio Medem n'a de cesse de mettre en valeur. Passionnée, torturée et charnelle, c'est un nid d'émotion à vif dont le bouillonnement pousse à se mettre à nu constamment, au propre comme au figuré. L'île constitue un personnage à par entière, où la tristesse se déploie dans ses falaise à perte de vue, où l'on tente de tout oublier en chutant dans ses crevasse, en se noyant dans son sable...

On avait deviné le goût de Medem pour Douglas Sirk (voir Claude Lelouch peut-être aussi) dans Les Amants du Cercle Polaire, il s'affirme encore ici. Ces hasards et coïncidences ont autant de charmes que d’effets négatifs, le drame naissant ici de la découverte de Lorenzo d'une fille née de son aventure passagère. Poursuivant cette émanation du passé il est entraîné dans une relation étrange avec la baby-sitter Belen (Elena Anaya qui retrouvera Medem dans Room in Rome) et qui débouchera sur un drame traumatisant. Comme le revers d'une même pièce, le sexe devient là tout aussi moite et fantasmatique mais baigné d'une aura trouble avec ces allusions au porno, à des liaisons dérangeantes (Belen se partageant son beau-père avec sa mère).

L'aspect le plus fascinant reste cependant l'ode à l'imagination et au pouvoir du récit que propose Medem. Dans Les Amants du Cercle Polaire, la destinée, le karma semblait guider toutes les actions des héros forcément amenés à se retrouver mais se jouait cruellement de nous dans son tragique mais logique final. Ici ce n'est pas une force supérieure qui guide les héros de Medem, mais leur seule volonté. Le personnage de Lorenzo qui est écrivain est un double du réalisateur et les évènements de sa vie contaminent autant ses ouvrages que l'inverse.

Medem nous perd ainsi dans des séquences rêvées (mais pas toujours évidente à deviner) où Lorenzo s'insère dans les histoires qui lui sont rapportées, transforme et invente ses propres souvenirs (les scènes où il imagine avouer leur lien à sa fille) dans un jeu narratif ludique jusqu'au traumatisant drame qui se révèlera en fragment et cause du mal-être du début de film.

Si ce pouvoir du narrateur plonge ses personnages dans le tourment (Lorenzo et les évènements terribles qu'il provoque/ Medem et le final de son film précédent qu'il regrette), il peut aussi guérir leurs maux. Le final accumule ainsi les péripéties et révélations qui vont réunir tout le monde sur l'île, centre de toutes les passions, avec toujours ces transitions inattendues (Elena qui reconnaît son amant d'un soir en un regard). Mais tout cela resterait bien conventionnel sans une dernière idée de génie.

Sans trop en dire, Medem et son héros font avec leur clavier et leur imagination ce que Superman faisait pour ressusciter sa Loïs dans le film de Richard Donner, c'est un conte du pardon qui permet de tout recommencer et célèbre la victoire de la fiction sur le réel à la manière de La Maîtresse du lieutenant français ou du Brazil de Terry Gilliam. Que tout cela soit possible ou simplement issue d'une narration maligne (la dernière scène qui joue sur les deux tableaux) n'a que peu d'importance, Medem y croit et nous y a fait croire.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

vendredi 29 mars 2013

Le Flambeur - The Gambler, Karel Reisz (1974)


Axel Freed est un professeur de littérature qui a un vice : le jeu. Un vice qui lui fait perdre tout son argent, sa petite amie et l'affection de ses proches. Une descente aux enfers qui ne l'empêche pourtant pas de continuer à dépenser son argent aux tables de jeux...

Karel Reisz signe son premier film américain avec The Gambler, transposition moderne façon polar urbain du Joueur de Dostoïevski. C'est ce dernier aspect qui semble faire le lien avec la filmographie anglaise de Karel Reisz alors qu'à première vue ce cadre semble bien éloigné de son univers. Bien au contraire, l'addiction au jeu du héros autobiographique de Dostoïevski (puisque l'auteur était dévoré lui-même par le même démon du jeu) rejoint totalement les thématiques du réalisateur. Les héros de Karel Reisz sont tous des obsessionnels névrosés en quête d'un absolu les faisant fuir leur mal-être, leur environnement oppressant. Le plus marquant reste l'ouvrier incarné par un Albert Finney s'étourdissant en beuveries pour oublier sa condition sociale dans Saturday Night and Sunday Morning (1960), bientôt suivi par David Warner amoureux acharné dans le survolté Morgan (1966) et une Vanessa Regrave tout entière consacrée à son art de la danse dans Isadora (1968) flamboyant biopic d'Isadora Duncan. Le Nick Nolte traumatisé par la guerre du Vietnam suivrait également dans le précurseur Les Guerriers de l'enfer (1978).

Le film s'ouvre sur une frénésie de notre héros Axel Freed (James Caan) qui se met dans un terrible pétrin dans une salle de jeu clandestine ou ne sachant s'arrêter malgré les avertissements il contracte une dette de 44 000 dollars. L'ensemble de l'intrigue le verra tenter de rattraper ce dérapage tout en essayant de réfréner ses pulsions de jeu. James Caan est toujours excellent lorsqu'il s'agit de dévoiler la fragilité de personnages qui en apparence en impose (le Sonny Corleone du Parrain, le cambrioleur du Solitaire) et son prestation intense ne fait pas exception ici.

Réfléchi et mélancolique après ses errements (les multiples inserts où il se revoit pariant), pris de folie mais lucide sur les risques encourus (ces mêmes inserts teintant de regrets ses actes lorsqu'il repense à ceux l'ayant aidés sa mère notamment) le personnage possède un vrai charme et une détermination qui le rendent attachant, fragile et font comprendre cette force de conviction qui l'enfonce en fait face au bookmaker conciliant ou aux amis trop compréhensifs qu'il tape. On a ainsi une relation mère/fils fort bien illustrée par Reisz avec une Jacqueline Brookes poignante en mère dépassée et la romance entre Caan et Lauren Hutton parait faussement superficielle au départ pour prendre un tour tout aussi fort et intime.

Sans surligner à l'excès, le scénario de James Toback lance quelques pistes passionnantes quant à la nature du vice d'Axel. Les scènes de cours (il est prof de littérature) nous éclairent à travers ses choix de lecture avec une allusion directe à Dostoïevski et sa notion du 2+2 = 5. Cette idée exprime complètement le fonctionnement du danger recherché par le joueur (ou l'artiste, le sportif comme il est suggéré) qui pense un court instant surmonter la logique naturelle des choses et la transcender dans par sa prise de risque. C'est cette adrénaline qui est recherchée par le parieur compulsif, la défaite est indispensable au plaisir des rares victoires et le gain n'a finalement que peu d'importance (la scène où il défie de jeunes basketteurs).

Caan dans sa fuite en avant semble constamment rechercher cela, prenant des risques insensés alors qu'il est renfloué, défiant la chance à l'excès lorsqu'elle lui sourit enfin. Autre point intéressant, le carcan de son milieu juif respectable, nanti et étouffant semble provoquer ce besoin de liberté pour Freed tel cette scène où il flambe la somme qu'il devait rembourser après les remontrances de son oncle sur sa petite amie Lauren Hutton. Finalement, notre héros ne se sent vivant qu'à la table de jeu, quoi qu'il lui en coûte.

Reisz qui avait si bien su filmer les milieux populaires dans son Saturday Night and Sunday Morning est tout aussi inspiré capturer cette urbanité new yorkaise, ses salles de jeux enfumées (hormis une escapade plus prestigieuse à Las Vegas) ou son ghetto noirs hostile à la fin. On baigne dans une atmosphère de polar même s'il n'y a pas de réelle intrigue policière notamment avec un joyeux casting de trognes connues tel Paul Sorvino en ami bookmaker ou un mémorable Burt Young en homme de main rappelant virilement leurs dettes aux mauvais payeurs. La déchéance est totale pour notre héros qui n'y réchappera finalement qu'au prix de son âme, la seule chose à parier restant finalement sa vie dans un tragique final suintant la haine de soi. Un grand Karel Reisz.

Sorti en dvd zone 1 chez Paramount et doté de sous-titres anglais ainsi que d'une vf

Extrait

jeudi 28 mars 2013

Avec Django, la mort est là - Joko invoca Dio... e muori, Antonio Margheriti (1968)


Un coup fameux organisé par Django, Mendoza et Ritchie tourne à la catastrophe suite à une trahison. Django décide de se venger contre ceux qui l'ont privé du fruit de son projet, l'un après l'autre.

Malgré ses quelques défauts, Avec Django, la mort est là est un brillant exemple des possibilités étonnantes qu’offre le western spaghetti. On a donc  ici un pitch assez basique qui se voit totalement transfiguré par la maestria d’Antonio Margheriti. Comme tout réalisateur d’exploitation italien de l’époque, Margheriti tâta de tous les genres au gré des modes (péplum, western, science-fiction) mais c’est réellement dans le fantastique gothique qu’il donna sa pleine mesure et signa ses meilleurs films avec des titres comme La Vierge de Nuremberg (1963), La Sorcière sanglante (1964) ou l’excellent Danse Macabre (1964).

C’est donc tout naturellement que ces penchants ressurgissent lorsqu’il s’attèle à un autre genre et qui font toute l’originalité de Avec Django, la mort  (rien à voir bien sûr avec le classique de Corbucci mais le succès fit décliner le prénom de son héros à toute les sauces dans le western spaghetti).

Passé une sadique scène d'écartèlement en ouverture, le début est assez classique mais peu à peu Margheriti pose son empreinte sur le film. Les cadrages, vues et ambiances se font progressivement  toujours un peu plus étrange et surprenant que dans un western classique on lorgne vers le surnaturel sans jamais totalement y tomber). Le peu charismatique Richard Harrison peine à exprimer la dimension spectrale et vengeresse de son personnage, les méchants sont  assez inégaux et se traîne parfois un peu.

Margheriti transcende ces défauts par ses fulgurances visuelles déroutantes. On pense à l'assaut nocturne des hommes de Laredo au bureau du shérif où le réalisateur leur donne une allure de fantômes. 

La séquence la plus marquante dans cette veine est bien entendu le final dans la caverne où les éclairages flamboyant et la nature du décor confère une ambiance unique, bien aidé par la prestation de Claudio Camaso (frère de Gian Maria Volonté qui n’a rien à lui envier en exubérance) tout de jaune vêtu et qui campe un méchant  mémorable.

Margheriti fera également montre d’une inventivité certaines dans les écarts de violence à l’image de tranchage de gorge avec éperons en vue subjective où cette torture raffinée avec écarte œil (façon Orange Mécanique en plus artisanal) enterré dans le sable en plein soleil. Imparfait certes mais un sacré objet, pour un résultat plus attractif encore il est vivement conseillé de tenter les films gothiques de Margheriti. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan

mardi 26 mars 2013

La Voleuse - A Stolen Life, Curtis Bernhardt (1946)



Une jeune artiste peintre, Kate Bosworth, passe l'été à Martha's Vineyard, dans la maison d'un cousin. Elle y fait la connaissance du séduisant Bill Emerson, l'assistant du gardien du phare. Kate se sent attirée par le jeune homme. Sur ces entrefaites, débarque Patricia, sa sœur jumelle. Autant Kate est douce et prévenante, autant Patricia est dure, méchante et sournoise. Patricia a tôt fait de séduire Bill. Kate s'efface et laisse le couple se marier. Elle se lance alors à corps perdu dans la peinture. Le hasard la met à nouveau en présence de Bill, qui lui annonce son prochain départ pour l'Amérique du Sud, en compagnie de son épouse.

A Stolen Life est un mélodrame typique du genre et offrant un bel écrin à Bette Davis qui en fit d'ailleurs le premier (et finalement le seul) film produit par sa compagnie B.D. Incorpored. L'intrigue explore les affres de la gémellité mais dans une veine bien plus mélodramatique que psychanalytique, se différenciant ainsi largement du fabuleux Double énigme de Robert Siodmak sorti la même année. Cet aspect se traduit par la façon d'introduire cette notion de gémellité qui arrive de manière assez surprenante dans le récit. Le tout démarre d'ailleurs par une romance naissante entre la jeune peintre Kate Bosworth (Bette Davis) et le gardien de phare Bill Emerson (Glenn Ford), le film multipliant les jolis moments intimistes et tissant la complicité naissante entre eux, de la première rencontre à la timide séduction où Bette Davis charme par sa candeur et timidité (l'aveu dans le phare embrumé).

Cette retenue attachante de Kate va pourtant s'avérer un terrible défaut lorsqu'entre en scène sa sœur jumelle Pat au tempérament diamétralement opposé et au fond bien moins pur. Curtis Bernhardt ne joue jamais d'une quelconque ambiguïté, n'adopte jamais dans sa mise en scène des artifices amené à nous faire confondre les jumelles. Si les personnages sont dupes, le spectateur, lui, ne le sera jamais. Séductrice, élégante et sophistiquée pour Pat, fragile, timorée et introvertie pour Kate, Bette Davis est extraordinaire de façon égale dans les deux registres.

Bernhardt ne cesse d'opposer les deux sœurs dans sa mise en scène, rarement ensemble au sein d'un même plan (d'ailleurs quand c'est le cas pour le coup les effets spéciaux sont bien en deçà de ceux extraordinaires de Double énigme) mais usant souvent du champ contre champ forcément désavantageux pour la complexée Kate qui s'est toujours effacée devant sa sœur Pat et ce sera encore le cas lorsqu'elle lui volera l'homme qu'elle aime. Là le script va dans une direction surprenante avec le personnage rustre de Karnok (Dane Clark) peintre torturé qui sachant lire dans les désirs et les peurs de Kate, la remettant en question en tant que femme et artiste. Un personnage captivant qui amène Kate à s'interroger et se remettre en cause, mais qui lui amène aussi l'audace d'endosser l'identité de sa sœur morte en mer pour se rapprocher de Bill.

Malheureusement l'intrigue cherche à réunir de façon un peu forcée son couple vedette et expédie nombres de situations intéressantes : on ne voit jamais vraiment Kate endosser réellement la personnalité de Pat (alors que l'enjeu est finalement qu'elle s'émancipe de son ombre même décédée) et s'affirmer, elle reste finalement cette petite chose fragile et apeurée jusqu'au bout. Karnok, personnage le plus intéressant disparait au profit d'un Glenn Ford très bon mais dont le Bill manque de caractère. Un joli mélo un peu policé essentiellement tenu par une grande Bette Davis mais qui renonce à explorer des zones plus troubles alors que tout était là pour un résultat plus déroutant.


Sorti en dvd zone 2 chez Warner dans la collection Trésor Warner

Extrait

lundi 25 mars 2013

Donnie Darko - Richard Kelly (2001)


Donnie Darko est un adolescent de seize ans pas comme les autres. Intelligent et doté d'une grande imagination, il a pour ami Frank, une créature que lui seul peut voir et entendre.

Lorsque Donnie survit par miracle à un accident, Frank lui propose un étrange marché. La fin du monde approche et ce dernier doit accomplir sa destinée. Des événements bizarres surviennent dans la petite ville tranquille, mais Donnie sait que derrière tout cela se cachent d'inavouables secrets. Frank l'aidera à les mettre à jour, semant ainsi le trouble au sein de la communauté.

Coup d’essai et coup de maître pour Richard Kelly qui signe un des films culte des années 2000 avec ce Donnie Darko. Le film est un objet inclassable, mêlant la sensibilité adolescente d’un John Hughes, l’étrangeté et la nature interprétative des intrigues de David Lynch tout en croisant les des genres aussi disparates que la satire, le teen movie et la science-fiction. Le lien entre toutes ces directions en apparence contradictoires, c’est la sensibilité de Richard Kelly qui croise ici expérience personnelle et récit mystérieux et alambiqué.

L’intrigue se déroule en 1988, au moment de l’élection présidentielle opposant George Bush et Michael Dukakis, époque où Richard Kelly était lui-même un adolescent âgé de 13 ans.  Le choix de cette période n’est pas innocent, Kelly cherche à capturer cette atmosphère imprégnant la fin de la triomphale ère du Reaganisme et anticipe les lendemains qui déchantent à venir ici préfigurés par ses adultes se réfugiant dans des programmes d’accomplissement de soi douteux (et réellement enseignés dans les écoles celui vu dans le film fut infligé à Richard Kelly lycéen) et ses adolescents paumés préfigurant les jeunes adultes  à la dérive de la Génération X des 90’s. 

Parmi eux, notre héros particulièrement instable Donnie Darko (Jake Gyllenhaal fabuleux) que nous découvrons endormi sur une route déserte au petit matin. Le générique le voyant rentrer à vélo chez sur The Killing Moon de Echo and The Bunnymen pose déjà l’ambiance éthérée et mystérieuse qui traversera le film avec des vues au ralenti de cette banlieue pavillonnaire, des déambulations du voisinage.  Cette étrangeté ne prime jamais sur les personnages et au contraire le basculement dans l’irrationnel  amène une angoisse sourde quant à leur destinée. Kelly en une poignée de scènes rend cette famille diablement attachante : le père malicieux joué par Holmes Osborne, la mère dépassée magnifiquement incarnée par Mary McDonnell, la petite sœur espiègle tandis que la complicité des vrais frères et sœurs que sont Jake et Maggie est palpable à l’écran.

Ainsi happé, le sort de la famille Darko est suspendu au caractère torturé de Donnie.  S’il est plusieurs fois sous-entendu qu’il a eu des problèmes et qu'il souffre de troubles comportementaux (notamment ses rencontres avec sa psychologue) c’est un évènement extraordinaire qui va provoquer sa lente dérive, son somnambulisme le sauvant lorsqu’un moteur d’avion tombé du ciel s’écrase sur sa chambre. L’avion d’où est issu le projectile demeure introuvable et c’est à ce moment qu’apparaît à Donnie Frank, un être étrange déguisé et terrifiant lapin géant lui annonçant la fin du monde sous 28 jours. 

Dès lors le ton adopte les visions schizophrènes d’un Donnie qui perd pied avec la réalité et se rebelle face à son environnement. Pourtant  de cette société bigote, de cet enseignement lénifiant (si ce n’est l’impertinent professeur  joué Drew Barrymore) et de cette soumission aux préceptes new age du gourou joué par Patrick Swayze on se demande qui est le plus en perdition : notre héros ou le monde qui l’entoure ? Kelly fait de Donnie au contraire un être réfléchi et qui s’interroge face à une société au regard binaire et simpliste, à l’image des deux voies proposées par la secte de Swayze, la peur ou l’amour. 

Kelly fait constamment osciller le film entre réalité hallucinée et fantastique plus ouvertement prononcé.  L’arrivée au lycée sur fond de Tear for Fears sous une lumière immaculée et traversant les lieux dans une plan-séquence hypnotique tient du rêve éveillé, rêve qui peut virer au cauchemar lors des saisissantes apparitions nocturnes et des injonctions de Frank. Donnie semble paradoxalement le plus clairvoyant sur les maux de sa communauté que ce soit consciemment (l’hilarante scène où il met en boite la prof de gym et sa ligne de vie, lorsqu’il interpelle Swayze en public) ou inconsciemment, chacune de ses actions de vandalisme révélant la face sombre des adultes.

Son propre esprit perturbé lui fait-il voir les anomalies qui semblent normales aux adultes ou possède-t-il vraiment le don d’ubiquité et une vision plus lointaines ? Richard Kelly tisse habilement les indices et laisse toutes les possibilités libres de toutes interprétations. De fascinants questionnements sur la destinée, le voyage  dans le temps et les dimensions parallèles sont d’ailleurs posés lors des échanges entre Donnie et son professeur de science physique  (Noah Wyle). 

Donnie Darko sous cette originalité n’en oublie jamais d’être un charmant et nostalgique teen movie. La romance timide entre Donnie et Gretchen est d’une candeur et innocence parfaite, multipliant les jolis moments sensibles (l’invitation maladroite de Donnie, l’épanchement final de Gretchen). Kelly revisite sa propre jeunesse avec nombre de références visuelles (la photo bleutée et le cadre pavillonnaire rappelle évidemment les productions Amblin), de clins d’œil cinématographique (l’improbable double programme de cinéma Evil Dead/ La Dernière Tentation du Christ !) et bien sûr la bande-son gorgée de tubes 80’s toujours placés à bon escient (The Killing Moon dont le texte évoque en grande partie l’intrigue du film, Under the milky way de The Church lorsqu’il a une vision des canaux temporels). 

Le sommet d’émotion est atteint lors de la séquence finale, après que le chaos, que cette fin du monde se soit déchaînée. Un mouvement de caméra nous traverser la nuit agitée de tous les protagonistes du film sur une magnifique reprise de Mad World alors que seul Donnie semble s’endormir paisiblement, enfin.  L’ensemble du film n’est-il qu’un rêve prémonitoire ou Donnie a vraiment réussi à remonter le temps et empêcher l’apocalypse ? 

La question reste entière mais Richard Kelly dévoile là le thème au cœur de ses films suivants, les brillants mais mal aimés Southland Tales (2005) et The Box (2009). La peur de la fin peut être surmontée, cet abîme peut être vaincu tant que l’Homme sera capable d’amour et du sens du sacrifice envers autrui. C’est naïf, sincère et terriblement juste. C’est la leçon que nous offre Donnie ici et à travers ce regard complice final entre Gretchen et la mère accablée du héros, on sait que de cet amour il restera toujours quelque chose, indicible mais flottant dans l’air.

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan, et depuis quelques années un director's cut est disponible, pas vu mais il semble que Kelly y cède au surexplicatif au détriment du mystère de ce montage cinéma.

dimanche 24 mars 2013

Chorus (1978-1981)


Certains exégètes du rock distinguent son âge d’or en deux périodes distinctes, 1965-1968 et 1977-1979. Non pas que les autres années déméritent en grands disques, loin de là, mais sortis du rock’n’roll des pionniers, tout les soubresauts (culturels, vestimentaires) de cette musique semblent influencés et déterminés par ces deux moments clé. Pour exemple, le rock progressif et le hard rock, genres rois de la première moitié des 70’s, ne  sont que des prolongements pour le premier des expérimentions de la vague psyché et le second des ruades du rock garages des sixties. Quant à la vague grunge des années 90, elle reproduisait différemment les phénomènes du mouvement punk, tant dans sa culture du « do it yourself » que par sa récupération future par les majors. On peut en dire autant des années 2000, vraie décennie du revival, qui n’aura rien inventé mais contribué à brillamment faire revivre toutes les autres grâce à des groupes doués et cultivés (la démocratisation du piratage aidant…)

En France, si nous avons pu faire preuve de quelques éclats au niveau de la pop (le séisme Gainsbourg n’étant pas des moindres), pour ce qui est du rock, nous avons toujours été sérieusement à la traîne. Le premier âge d’or vit les groupes de rock français noyés sous la vague yé yé (qui éclipsait même parfois les artistes étrangers avec d’affreuses relectures franchouillardes de tube Motown entre autres) et un peu plus tard, seuls des ovnis comme Magma (groupe de rock progressif majeur ayant entre autre inventé sa propre langue dans laquelle étaient chantés les morceaux) pu se faire connaître hors de nos frontières. On en revient donc à ce fameux deuxième âge d’or 77-79, qui vit l’émergence du punk, de la new wave et du post punk. Les groupe français doués trouvaient une certaine audience et la télévision se faisait enfin le relais des secousses musicales venues d’ailleurs. Parmi les émissions phares, Chorus est une des toutes premières et sans doute la plus culte. Le programme naquit et disparu comme souvent d’un concours de circonstances typiquement français : le fils adolescent du président de la chaîne était féru de rock puis s’en désintéressa une fois entré en grande école.

Le coffret édité par l’INA se propose de montrer les meilleurs moments de l’émission. La vision (ou revision pour les plus âgés) de cet intact panorama de la modernité de Chorus s’impose, autant par rapport aux émissions qui l’ont précédé que de celles qui ont suivies. Avant Chorus, les quelques émissions rock apparues donnaient dans un sérieux de cathédrale vraiment pas rock’n’roll, comme Pop 2 (présenté par Patrice Blanc-Francard), où des rock critics abordaient la chose sur un ton professoral poussiéreux. Les Enfants du Rock durant les 80’s offre le seul pendant valable à Chorus, mais le talent très relatif de certains groupes phares de l’époque range plus l'emission du côté d’une certaine nostalgie. Aujourd’hui, on citera bien évidemment Taratata, mais entre son très envahissant Nagui et une programmation qui oscille entre rock (classique comme nouveaux talents) et grosse variété française, le quota est loin d’être rempli.

Chorus évitait tout ses écueils grâce à la passion communicative et l’éclectisme d'Antoine De Caunes, qui mettait en avant ce qui était au bout du compte la seule chose importante : la musique. La présence de l’animateur se faisait donc minimale, uniquement informative et tournée vers la dérision, avec de cours modules farceurs (où intervenait le trublion Jacky, plus connu pour être un des acolytes de Dorothée) entre les performances des artistes. Les 3 DVDs du coffret reflètent donc parfaitement les évolutions musicales de ce moment charnière et la programmation ouverte d’Antoine de Caunes.

Chacun des menus déroule une suite de prestations enchaînées (playlist), un plus long live consacré à un groupe phare (Big concert) et quelques performances rallongées de deux ou trois titres (live express). Sur le premier disque, tous les ténors du post punk et de la new wave naissants s’enchaînent donc avec Magazine, Siouxsie and The Banshees ou encore une prestation explosive des Cure (avec pour les fans la mythique A Forest interprétée sur des paroles différentes !). On s’amusera d’ailleurs pour ces derniers de l’allure d’adolescents débraillés arborée par un groupe au look futur si étudié (Robert Smith osant le bas de survêtement rose !). Le gros morceau : un live incandescent des Clash alors que l’immense London Calling vient de sortir.

Le second disque fait honneur à la vague française, avec les aussi doués qu’oubliés Marquis de Sade, Taxi Girl ou encore les Dogs, tandis que Téléphone tient son rang de Rolling Stones/Who français par une flamboyante prestation. Autres moments forts : les Jam de Paul Weller, au sommet de leur art, les Undertones teigneux et l’hilarant set des rude boys de Madness. Pat Benatar, aisément rangé au rayon des plaisirs coupables aujourd’hui, offre également un moment phénoménal sur une Heartbraker sauvage. Le troisième disque est plus éclaté, entre la présence surprenante de Yellow Magic Orchestra (premier groupe de Ryuichi Sakamoto), le folk envoûtant de John Martyn, le rock classieux des Pretenders ou la rage de Elvis Costello.

Là aussi on constate un réel fossé avec la manière de filmer la musique live aujourd’hui. Chorus datant des balbutiements du clip, tous les tics cherchant à dynamiser le rapport musique/image (pour le meilleur et pour le pire) sont absents, au privilège d'une mise en scène (assurée par Don Kent et Claude Ventura) totalement au service des musiciens et de leur performance. La caméra suit le plus souvent un musicien seul ou l’ensemble du groupe en se plaçant à différents endroits de la scène (grand plan d’ensemble du fond de la salle, caméra portée derrière le batteur ou accompagnant les musiciens sur scène) dans un montage très peu découpé, où on savoure en leur entier les prouesses musicales des plus chevronnés, tels un Stewart Copeland au feeling stupéfiant à la batterie pour Police. Le public, sans être invisible, ne se devine qu’à travers les réactions des artistes (la caméra passant souvent derrière l’artiste au micro) et n’est réellement mis en avant qu’en cas de sollicitations fougueuses des groupes comme les sauts de kangourous communicatifs de Madness ou les assauts teigneux de Elvis Costello.

Tournés au théâtre de l’Empire puis au Palace, les concerts de Chorus étaient diffusés à l’heure dominicale le dimanche et éveillèrent toute une génération à des sonorités nouvelles de 79 à 81. Les images d’époques sont plutôt bien conservées et ces presque 9h de musique sont un vrai enchantement, même s’il semble que pas mal aient été coupées (Devo ? Roxy Music ?)... peut être pour un volume 2 en cas de succès (?) Pas de bonus, si ce n’est un livret contenant des interviews d'Antoine De Caunes et Yves Bigot et un petit historique de l’émission. Quelques recherches permettront de mettre la main sur de savoureux bonus cachés entre l’hypnotique passage de Kratwerk (sans public !) et une interview décalée des Stray Cats où Jacky s’en donne à cœur joie dans le grotesque.

Sorti en dvd aux éditions de l'INA

Extrait

samedi 23 mars 2013

La Folle Ingénue - Cluny Brown, Ernst Lubitsch (1946)


Londres, 1938, Cluny Brown, qui a un faible pour la plomberie, effectue un dépannage à la place de son oncle chez un certain Hilary Ames. À cette occasion elle rencontre Adam Belinski, un écrivain qui a quitté la Tchécoslovaquie pour fuir le nazisme. L'oncle arrive chez Ames et trouve sa nièce ivre après avoir bu quelques verres avec les deux hommes. Pour la punir, il décide de l'envoyer travailler comme domestique à la campagne pour les Carmel. Belinski, invité à s'y cacher par le fils de la famille, qu'il a rencontré chez Ames, s'y trouve aussi.

Dans ses derniers films, Ernst Lubitsch tend à adoucir les éléments de sa formule à succès. La provocation, l'argent, le sexe, le délicat équilibre entre ironie et sentiments, tout ce que l'on y apprécie de la Lubitsch touch est toujours bien là mais désormais la férocité cède de plus en plus à une infinie tendresse. Alors que le monde s'apprête à sombrer dans le chaos de la Seconde Guerre Mondiale, Lubitsch mêle son humour à un vrai propos politique (le communisme moqué de Ninotchka, le nazisme raillé dans To Be or not to be) et se dévoile comme rarement dans The Shop Around the Corner où se mêle la chaleureuse vision d'un monde désormais révolu (Budapest avant l'invasion allemande) et nostalgie où l'effervescence de cette boutique évoque ses propres souvenirs d'enfance, dans le magasin de son père tailleur berlinois. On y constate aussi l'intérêt de Lubitsch pour les petites gens, s'éloignant ainsi des milieux bourgeois qu’il se plaisait tant à moquer dans ses comédies des années 30. Dépourvu de cette dimension politique, Le Ciel peut attendre déploiera également une sphère intime et bienveillante du couple confirmant ce changement chez le réalisateur.

Vrai dernier film de Lubitsch (puisque l'ultime La Dame au manteau d'hermine sera terminé après sa mort par Otto Preminger), Cluny Brown effectue un pont idéal entre l'ancien et le nouveau Lubitsch. Le cadre de cette Angleterre aristocrate est typique des milieux nantis que la Lubitsch touch se plu tant à moquer, mais les deux héros dans leur statut social modeste évoque plutôt cette dernière période du cinéaste, tout comme la toile de fond historique traitant de la Tchécoslovaquie envahie par les nazis (et d'une l'Angleterre pas encore engagée mais déjà inquiète). Dans tous ces meilleurs films, Lubitsch a toujours célébré rebelles, les libertaires et extravertis assumant de vivre en dehors des codes sociaux classiques, que ce soit la femme adultère de Ange, le trio amoureux de Sérénade à trois, la fantaisie révélée de Ninotchka ou encore la troupe d'acteur de To Be or no to be.

Ici nous aurons comme héros un duo avec un farfelu qui s'assume et s'accepte avec l'écrivain en fuite Adam Belinski (Charles Boyer) et une qui s'ignore et cherche à rentrer dans le rang avec la femme de chambre Cluny Brown (Jennifer Jones). Cet esprit libre revêt un aspect aussi dramatique en toile de fond (Belinski ayant fui son pays et Hitler pour ses idées) qu'irrésistible dans son expression avec cette scène d'ouverture où l'on appréciera le bagout et l'aplomb de Belinski pour s'introduire, faire culpabiliser et taper un aristocrate anglais attendant ses invités. Cette folie douce est moins maîtrise chez l'ouragan Cluny Brown, surtout s'il y a un évier bouché dans les parages, Lubitsch nous assaisonnant de savoureux dialogues à double sens sur la curieuse lubie de son héroïne.

Cette première rencontre scelle les affinités entre Belinski et Cluny que leur audace conduit bientôt chez la même famille traditionnelle anglaise en campagne dans des statuts et pour des raisons différentes. Le culot de Belinski l'a conduit chez les Carmel, ses nouveaux protecteurs prêts à l'accueillir sans le connaître quand Cluny punie par son oncle pour n'avoir pas su "rester à sa place" y est engagée en tant que femme de chambre. Lubitsch moque avec brio le snobisme et ce rapport de classe qui atrophie tout rapport humain chez les hôtes. Cluny est ainsi accueillie chaleureusement quand par erreur elle est prise pour une égale mais lorsque l'on constate qu'il ne s'agit que de la nouvelle bonne, les Carmel s’éclipsent ainsi immédiatement.

Cette différence est inscrite dans les gènes de toute cette communauté y compris les domestiques plus à cheval encore sur ses principes à l'image du vieux couples d'employés si maniéré qu'ils ne peuvent s'avouer leur sentiments. La hauteur de ces nantis ne les rend pas plus autonome non plus à l'image de la faussement libre Betty Cream (Helen Walker) se jouant des hommes mais à la première lueur de scandale se réfugiant dans le mariage et ramené au stade de petite fille obéissante par Lady Carmel.

Belinski et Cluny sont bien au-dessus de toutes ces entraves. Charles Boyer malicieux et attachant est parfait en Belinski à l'aise partout où il passe et finalement ne se réfrène qu'avec Cluny en qui il a trouvé une âme sœur mais qu'il pense attirée par un autre. Jennifer Jones montre des capacités jusque-là inexploitée en comédie et injecte la folie de ses rôles plus dramatiques dans cette Cluny Brown. Si l'excentricité de Belinski est habilement maîtrisée par ce dernier et constitue un atout, c'est un poids pour la fougue juvénile de Cluny que les épreuves amènent à masquer sa différence.

C'est une tuyauterie encombrée qui fera revenir le naturel au galop et la sauvera d'un sinistre mariage avec un pharmacien fils à maman provincial, une nouvelle fois elle a dépassé les bornes. Le titre français est bien trouvé, Jennifer Jones est absolument craquante en ingénue inconsciente de ses écarts à la bienséance guindée et illumine l'écran de son sourire et de ses coups de marteau vigoureux. Dans une conclusion magique, elle comprendra enfin que celui son meilleur confident est aussi celui qui la comprend le plus, qui lui ressemble le plus. Peut-être le plus beaux couple du cinéma de Lubitsch, ce qui n'est pas une mince affaire et fin de carrière en apothéose pour le réalisateur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta