Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 30 août 2013

Le Clan de la Caverne des Ours - The Clan of the Cave Bear, Michael Chapman (1986)

L'histoire se passe en Europe il y a environ 35 000 ans ; les groupes d'humains modernes (Cro-Magnon) commencent à peupler le continent occupé jusqu'alors par l'homme de Neandertal. Ayla, une petite fille qui a perdu ses parents lors d'un tremblement de terre, est attaquée par un lion des cavernes. Bien qu'elle se soit cachée dans une crevasse de rocher, la fillette est blessée par l'une des puissantes griffes de l'animal. Quasiment morte de faim et gravement blessée, elle est découverte par un groupe d'hommes de Neandertal qui passait par là. Elle est soignée par Iza, la femme-médecin, et Creb, le sorcier ou Mog-Ur. Tous les deux s'attachent beaucoup à Ayla, même si pour le reste du clan elle demeure une étrangère dont on ne veut pas. Broud, le fils du chef de clan, la hait particulièrement.

Une vraie curiosité que cette aventure préhistorique dont l'échec commercial cuisant stoppa quelque peu l'ascension de Daryl Hannah devenue star après ses rôles d'adolescente tourmentée dans Reckless (1984) et surtout de sirène dans Splash (1984). Le film adaptait en fait le roman éponyme de Jean Auel et premier volet de sa saga littéraire Les Enfants de la Terre. Cette série en six tomes narrait la rencontre et le passage de relai entre l'homme de Cro-Magnon l'humain moderne et l'homme des cavernes amené à disparaitre, l'homme de Neandertal. Cette bascule se fait dans l'histoire avec le personnage de Ayla (Daryl Hannah), appartenant au Cro-Magnon mais qui orpheline est recueillie par le clan de la Caverne de l'Ours. Sa différence est marquée d'emblée par sa chevelure blonde et par son attitude candide qui va rapidement se confronter au fonctionnement patriarcal du clan.

Si les romans de Jean Auel sont réputés pour la véracité de leur description du quotidien préhistorique (de plus en plus d'ailleurs le succès aidant en plus de ses connaissances paléontologiques étendues sur le sujet elle put consulter les plus grands spécialistes et visiter les sites préhistoriques les plus reculés où se déroulait ses histoires) le film n'opte ni pour la fantaisie de Un millions d'années avant JC (1966) (pas de trace de dinosaure ici) et ni pour le côté réaliste plus austère de La Guerre du Feu (1981) de Jean-Jacques Annaud. On se situe plutôt entre les deux avec une voix off donnant une dimension mystique et légendaire aux évènements alors qu'à que l'intrigue suit globalement le quotidien du clan des ours sans envolées ni grande aventure particulière.

On pourrait craindre le nanar avec tout ce casting grimé et ainsi vêtu de peau de bête mais Michael Chapman amène une vraie rigueur dans sa description notamment par le langage assez primitif (moins radical que le livre où les personnages communiquaient uniquement par signe) et donc des échanges et des sentiments qui passent grandement par l'image et la conviction des acteurs, la voix off amenant une certaine hauteur aux évènements. L'évolution de l'Homme passe donc ici par une sorte de prémisse du féminisme à travers le parcours initiatique et l'évolution du personnage de Ayla. Naturellement dotée de faculté intellectuelle supérieure, elle est pourtant entravée par les rites de soumission à l'autorité masculine du clan.

La femme n'a pas le droit de chasser, doit servir l'homme et est totalement dépendante des désirs sexuels de celui-ci auxquels elle se doit de répondre sans contester. Personne n'abuse de ses prérogatives si ce n'est Broud (Thomas G. Waites) le fils du chef qui déteste et désire Ayla, cherchant à briser ses velléités d'émancipation. Chapman parvient à dépeindre tout cela avec précision, l'austérité des coutumes du clan étant contrebalancé par le caractère rêveur de Ayla qui sera élevé par la guérisseuse et le sorcier (James Remar) de la tribu, l'une ayant "surmonté" sa féminité et l'autre son handicap physique (puisqu'il est sous-entendu que le clan pratique l'eugénisme et que les faible sont laissés en chemin) pour s'élever dans la hiérarchie.

Le kitsch guette à chaque instant (on a beau être à la préhistoire certaine coupe de cheveux ne font pas oublier que tout cela a bien été produit dans les 80's) mais finalement on est réellement captivé par l'atmosphère très intimiste. Chapman laisse la part belle aux ambiances contemplatives où sont mis en valeur les paysages de l'Okanogan (Canada) croisant forêts boisée à pertes de vue et cadre rocailleux, ainsi que la faune dangereuse qu'il abrite avec des loups et des ours (pour l'anecdote l'ours du film a un beau cv puisqu'on le retrouvera dans L'Ours de Jean-Jacques Annaud, Légendes d'Automne (1994) ou encore le survival À couteaux tirés (1997) et également de belles scènes onirique (le rêve révélant son destin à Ayla).

Daryl Hannah entre visage farouche et allure innocente est particulièrement convaincante, Chapman exprimant un souffle épique surprenant dès qu'elle décide de s'opposer à la tradition (la scène d'exil, celle où elle s'entraîne à manier la fronde et surtout le superbe combat final), portée par un beau score synthétique d'Alan Silvestri. Ayla ne doit pas s'élever au-dessus des autres mais trouver sa place, une quête reposant sur la rencontre avec les "Autres", ses semblables Cro-Magnon que nous ne croiserons pas du film. Une piste laissée aux nombreuses suites envisagées mais qui tournèrent court suite à l'échec du film. Dommage tant ce premier volet s'avérait prometteur et que le film vaut mieux que sa piètre réputation.

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 vidéo mais l'édition semble épuisée et assez chère donc se tourner plutôt vers le zone 1 Warner bien plus abordable et doté de sous-titre français.

Extrait

jeudi 29 août 2013

Conjuring : Les dossiers Warren - The Conjuring, James Wan (2013)


Avant Amityville, il y avait Harrisville… Conjuring : Les dossiers Warren, raconte l'histoire horrible, mais vraie, d'Ed et Lorraine Warren, enquêteurs paranormaux réputés dans le monde entier, venus en aide à une famille terrorisée par une présence inquiétante dans leur ferme isolée… Contraints d'affronter une créature démoniaque d'une force redoutable, les Warren se retrouvent face à l'affaire la plus terrifiante de leur carrière…

 Ce qui fait l’intérêt de l’œuvre de James Wan, c’est sa constante contradiction entre ses vélléités novatrices et sa déférence au cinéma de genre. Pour le meilleur, cela a pu donner le malin Saw (2004) où le mystère et le fétichisme du giallo croisaient un sadisme craspec à la Seven (David Fincher, 1995) dans un équilibre qui se perdrait lors de suites donnant dans la surenchère. Wan refusait de choisir à nouveau dans Death Sentence (2007) où le polar urbain vengeur âpre d’inspiration 70’s était complètement anihilé par l'imagerie très comic book des méchants qui désamorçait le parti réaliste de départ. C’est en renouant avec l’horreur que James Wan livrerait son meilleur film, cet entre-deux permanent constituant même une des bases de l’excellent Insidious (2010). Le film démarrait comme un récit de possession façon L’Exorciste (William Friedkin, 1973) avant de basculer dans sa seconde partie et de nous emmener sur des territoires bien plus inhabituels à la Lovecraft avec mondes parallèles et créatures innommables tapies dans l’ombre.

The Conjuring donne donc dans l’épouvante et le registre bien connu de la maison hantée. James Wan va déployer son art de la terreur dans une première partie glaçante où la famille Perron va être confrontée à des phénomènes de plus en plus menaçants dans leur nouvelle demeure où ils ne sont manifestement pas seuls. Portes qui grincent, ombres menaçantes, voix à l’origine inconnue et apparition spectrale savamment amenées, tout y passe avec une virtuosité épatante car Wan s’y entend pour faire grimper la tension à partir d’une séquence anodine. Toute cette démonstration de force serait vaine sans une vraie implication émotionnelle et le script opère sur ce point à deux niveaux. Tout d’abord avec une longue introduction nous présentant et nous attachant à cette petite famille pour laquelle nous tremblerons d’autant plus et ensuite en développant plus en profondeur la nature des « exorciseurs ».

Le film est en effet une adaptation des faits d’armes des vrais médiums Ed et Lorraine Warren, surtout connus pour avoir résolu le mystère de la maison hantée d’Amityville (qui donna en son temps plusieurs films et un remake récent) et ici incarnés par Vera Farmiga et Patrick Wilson. Wan crée ainsi un sentiment inattendu, la peur et l’empathie classiques pour les victimes se mêlent ainsi à celles ressenties pour nos chasseurs de fantômes, loin du roc que pouvait représenter l’inébranlable Max von Sydow dans L’Exorciste par exemple. Patrick Wilson et Vera Farmiga, sobres et anxieux, font particulièrement bien passer ce sentiment et Lili Taylor est également étonnante en mère de famille dépassée.


 Wan nous dépeint longuement leur vie de famille, la manière dont s’y inscrit constamment leur dangereuse profession (la fascinante salle des objets démoniaques au sein de leur maison dont la poupée Anabelle vraie attraction du film) et ce qui leur en coûte de quitter leur paisible quotidien pour se replonger dans les ténèbres. Wan met ainsi en parallèle deux familles confrontées au surnaturel, l’une impuissante et l’autre capable de l’affronter, ce qui rend d’autant plus prenante l’intervention des Warren réellement impliqués et non pas des pièces rapportés comme les exorciseurs un peu comiques de Insidious.

La terreur n’en est que plus efficace puisque Wan associe son brio formel à une vraie émotion qui s’inscrit à même le récit, le démon ne s’y trompant pas en s’attaquant à ce qui est le plus cher aux deux familles, sa damnation reposant justement sur un acte terrible. Le final est d’une rare intensité avec un exorcisme spectaculaire et achève de faire de Conjuring un des grands films fantastiques vus cette année. Avec les nombreuses affaires résolues par les Warren, on ne s’étonnerait pas de revoir nos héros dans d’autres opus en cas de succès.

En salle en ce moment

mercredi 28 août 2013

I Was Happy Here - Desmond Davis (1966)

Cass (Sarah Miles) habite à Londres où elle est mariée à un docteur. Mais le jour de noël, elle rentre seule dans le village où elle a grandi, sur la côte irlandaise. Elle reprend contact avec son premier amour, mais son mari débarque pour tenter de la récupérer.

Quatre ans avant La Fille de Ryan, Sarah Miles traînait déjà sa mélancolie sur fond de paysages irlandais dans ce beau et méconnu portrait de femme. A première vue, le film est une alternative féminine aux fleurons de la Nouvelle Vague anglaise et des kitchen sink drama mettant ordinairement en scène des personnages masculins rétifs à l'autorité, à une vie rangée et sans éclat. L'amalgame est d'autant plus parlant avec la présence à la réalisation de Desmond Davis qui fut le directeur photo de Tony Richardson sur A taste of Honey (1961) et La Solitude du Coureur de Fond (1963). Le film s'avère bien plus riche que cette base en y regardant de plus près sur son générique. Le scénario est en effet co écrit par Desmond Davis et la célèbre romancière irlandaise Edna O'Brien. Celle-ci se fit connaître par son ouverture et ses opinions féministes contestant l'ordre moral et familial de l'Irlande catholique et nationaliste et s'inscrivant dans le mouvement du révisionnisme culturel irlandais avec des auteurs comme John McGahern.

 Ses ouvrages furent interdits en Irlande à cause de leur contenu sexuel explicite et l'auteur se fit connaître au début des 60's avec sa trilogie des Country Girls (The Country Girls en 1960, The Girl with Green Eyes en 1964 et Girl in Their Married Bliss en1964) suivant le parcours et l'émancipation de Kate et Baba, deux jeunes provinciales irlandaises. Desmond Davis avait déjà adapté Edna O' Brien avec son premier film Girl with Green Eyes, celle-ci signant même le scénario. Une collaboration fructueuse qui les amène donc à travailler ensemble à nouveau sur I Was Happy There (connu aussi sous son autre titre Time Lost and Time Remembered) adapté cette fois d'une de ses nouvelles, A Woman by the Seaside. Si la dimension politique et la critique envers la société irlandaise sont absents du film, on y retrouve cependant toute les préoccupations sociales et féministes d'Edna O'Brien et l'ensemble est totalement imprégné de la si particulière atmosphère rurale irlandaise qui parcoure ses romans.

Le film narre le retour au pays de Cass (Sarah Miles), jeune femme irlandaise parti pour Londres cinq ans plus tôt. Le personnage déambule avec nostalgie et mélancolie à travers les paysages ruraux irlandais, avec les yeux émerveillé d'une petite fille. Elle le sait maintenant, que l'époque où elle vécut en ces terres fut la période la plus heureuse de sa vie. Une narration en flashback va ainsi nous dévoiler progressivement les causes de ce retour et de ce désenchantement. Cass à peine sortie de l'adolescence tomba folle amoureuse du pêcheur Colin (Sean Caffrey) avec lequel elle vécut une romance juvénile et passionnée.

Davis fait la transition entre un même décor tour à tour nocturne dans le présent où le traverse Cass puis immaculé d'une atmosphère estivale idéalisée lors des flashbacks pour faire revivre cet amour passé. Il faudra bien David Lean pour rendre Sarah Miles plus belle à l'écran tant son visage baigné de tristesse et son regard perdu sont magnifiquement mis en valeur ici. Le film baigne dans un spleen contagieux où le sentiment dominant sera celui du regret. Bien décidée à quitter sa campagne, Cass partira à Londres mais y attendra en vain que l'y rejoigne Colin qui partit voyager autour du monde préfèrera revenir au pays.

Cass livrée à elle-même et perdue dans la grande ville y cèdera à l'arrogant Matthew Langdon (Julian Glover) pour un mariage malheureux. Après une énième dispute et humiliation, elle décide donc de revenir dans son village et de peut-être renouer avec Colin qu'elle n'a jamais oublié. Seulement Matthew a également fait le voyage afin de la ramener.

Le film baigne constamment entre atmosphère pastorale pratiquement onirique (les nombreux inserts sur les pierres tombales typiquement irlandaise à la fin, les chants traditionnels) et idées formelle plus moderne. Le côté très contemplatif sert la dimension introspective du récit (il y a quelque chose d'Antonioni dans tout cela, Sarah Miles connaîtra d'ailleurs quelques mésaventures avec le maître italien sur Blow Up la même année) où chaque décor ou objet réveille un doux souvenir alors qu'à l'inverse toute intrusion plus brutale par un dialogue où un bruit incongru dans la bande son ramène à un épisode douloureux. On restera ainsi émerveillé par les flashbacks irlandais où une Sarah Miles radieuse déambule pleine de vie dans des extérieurs somptueux (ce travelling l'accompagnant à vélo sur la plage).

Au contraire tout ce qui est associé à la ville est synonyme de solitude et d'oppression, la silhouette de Sarah Miles si épanouie dans son Irlande natale se ployant sous l'urbanité écrasante de Londres. Cette opposition se fera également par le traitement différent des deux romances. Libre et sincère à la campagne et baignée de faux-semblants et des codes du paraître à la ville, à l'image de Matthew amant tendre et prévenant dans l'intimité et se devenant un goujat hautain en société.

Loin de l'image du Swinging London, Davis fait de la ville un temple de la consumérisation et de l'hypocrisie (Matthew dissimulant la modeste profession de Cass à ses amis) où celui ne sachant pas s'adapter devient une proie aisée. C'est ce qui arrivera à Cass qui dans un moment de désespoir cède aux assauts de Matthew et qui enceinte finira par l'épouser. On retrouve d'ailleurs cette dimension sexuelle explicite autant dans cette séquence que quand plus tard Cass enjoindra avec ardeur Colin à lui faire l'amour.

La solution ne peut pourtant venir des hommes, que ce soit d'un présent douloureux (Matthew) ou d'un passé idéalisé (Colin) mais de Cass elle-même. Le mal-être de l'héroïne ne saurait trouver son apaisement par eux car contredisant ainsi les velléités féministes d'Edna O'Brien. La cruelle désillusion finale aurait dû conclure le film dans une douleur à vif mais dans cette idée de reconstruction individuelle nous laisse au contraire un sentiment apaisé et doux.

Nous quittons ainsi Cass admirant l'horizon d'un avenir incertain mais où elle est libre de ses choix. Un bien beau film qui fait regretter que Desmond Davis ait essentiellement œuvré pour la télévision ensuite et soit finalement surtout connu pour les adieux poussifs de Ray Harryhausen avec Le Choc des Titans (1981).

Sorti en dvd zone 1 chez VCI en VO non sous-titrée

Extrait

mardi 27 août 2013

La Vie Privée de Don Juan - The Private Life of Don Juan, Alexander Korda (1934)


Après 20 ans d'absence, Don Juan (Douglas Fairbanks) revient triomphant à Séville, où l'attendent de nombreuses dames à charmer. Mais le séducteur n'est plus le jeune homme qu'il était et commence à être fatigué par tant d'acrobaties. D'autant que sa femme Dolorès (Benita Hume) le menace de le mettre en prison s'il ne revient pas au domicile conjugal. Quand un imposteur se fait tuer à sa place, Don Juan voit alors l'occasion de disparaître. Sa vie passée lui manquant rapidement, l'envie d'organiser son grand retour se fait sentir. Mais l'homme sera-t-il à la hauteur du mythe ?

Les triomphes successifs de La Vie Privée d’Henri VIII (1933) et Catherine de Russie (1934) vont placer Alexander Korda en position de force. Le succès international des deux films assoit définitivement sa position de mogul du cinéma anglais et lui vaut d’être courtisé aux Etats-Unis notamment par la prestigieuse United Artists fondée 15 ans plus tôt par Charles Chaplin, Mary Pickford et D. W. Griffith et Douglas Fairbanks. C’est précisément la star du cinéma d’aventures en déclin depuis l’arrivée du parlant qui va solliciter Korda afin de le diriger dans une adaptation de la vie de Don Juan.  L’Homme à la rose, pièce du dramaturge français Henry Bataille de 1920 va donner matière à Korda pour une œuvre à la fois dans la continuité des deux précédentes « Vie Privées » tout en étant parfaitement adaptée à la personnalité de Douglas Fairbanks. 

Le bondissant héros d’action et séducteur des années 20 est alors vieillissant a du mal à effectuer la transition vers le cinéma parlant pour lequel il n’a tourné que trois films, La Mégère apprivoisée (1929), Reaching for the Moon (1930) et Mr. Robinson Crusoe (1932). Korda lui offrira une sortie sur mesure avec ce qui sera son dernier rôle au cinéma avant sa disparition prématurée d’une crise cardiaque en 1939, à seulement 56 ans.

La Vie Privée de Don Juan entretient constamment le mimétisme entre la figure mythique de Don Juan et celle de son interprète placé dans une même situation. Loin du séducteur fringant et vigoureux inscrit dans l’inconscient collectif le film nous donc  présente un Don Juan usé, las de l’attention qu’il suscite et de sa réputation le précédant partout où il passe. Le film s’ouvre à Séville, cité des premiers exploits amoureux de Don Juan où il effectue son retour. C’est par sa dimension légendaire qu’il nous apparaît, en ombre chinoise et la rose à la main sous les balcons de femmes énamourées qui propagent bientôt la rumeur de son retour. 

Dès cette première séquence, Korda fait de Don Juan une figure fantasmée dépassant l’intéressé, un amant idéal et sans visage dont la réputation transporte les femmes et attisent la jalousie des ternes époux par la simple évocation de son nom. Ironiquement, nous apprendront plus tard que cette première apparition flamboyante était l’œuvre d’un usurpateur tandis que notre héros se révèle dans une situation bien moins avantageuse sous les traits de Douglas Fairbanks ausculté sur son lit par un médecin. 


Le praticien lui déclarera avec malice qu’il est en parfaite santé pour son âge mais lui enjoint de réduire progressivement le nombre de balcons escaladés au quotidien. C’est avec un même humour que seront stigmatisées les différentes failles de Don Juan qui a de plus en plus de mal à tenir la discipline due à son statut, se laissant aller à la bonne chair et négligeant l’exercice. Douglas Fairbanks s’en amuse joyeusement dans sa prestation où il conserve toutes les postures et attitudes de de ses héros sautillants d’antan et si le charisme est intact on constatera aisément que le visage s’est empâté, la démarche s’est alourdie et les cheveux se font plus grisonnant. 

Dans cette première partie supposée montrer Don Juan au sommet de sa popularité, chacune de ses démonstrations de force se verra désamorcée. La danseuse Pepita (Gina Malo) est ainsi encore toute retournée par le baiser que lui a donné Don Juan mais a en fait également croisée la route de l’imposteur et juvénile Rodrigo (Barry MacKay) tandis que sa rivale Antonita (Merle Oberon), si elle est bien séduite par Douglas Fairbanks lui cède avant tout pour accroitre sa notoriété après être passée entre ses bras. 

Toutes courent après un Don Juan/Douglas Fairbanks qui n’est plus et qu’il n’a plus la force et le courage d’assumer. Le parallèle avec l’usurpateur accentue cette idée également d’un Don Juan rêvé plus qu’incarné où pour Douglas Fairbanks l’âge mûr n’a que peu d’importance pour Antonita qui voit les possibilités offertes derrière ce nom plus que l’homme face à elle. Il en va de même pour l’épouse adultère séduite par l’imposteur dont la gaucherie et la maladresse (le bougre ne maîtrise pas encore tout à fait l’ascension des balcons) n’altère en rien le charme puisqu’aux yeux de la belle il est Don Juan. 

Le personnage est absent virtuellement ou physiquement dans les moments où il est supposé exercer le plus d’attrait, ce qui se confirmera dans son plus haut fait lors de l’extravagante scène d’enterrement. L’imposteur tué par un mari jaloux laisse Don Juan pour mort pour l’opinion public, le héros pouvant venir savourer amusé ses funérailles. Korda fait de cette séquence un grand moment opératique tant par le ton (les anciennes maîtresses pleurent tout autant que celles qui auraient rêvées de l’être) que par sa mise en scène qui accentue la nature factice du cadre (et par extension des sentiments de passion exacerbés qui y sont exprimés), annonçant la séquence de la pièce de théâtre consacrée à Don Juan que l’on verra en fin de film. Dès cet instant, le mythe a définitivement dépassé l’homme.

Si la première partie montrait Don Juan désormais incapable d’égaler celui qu’il fut, la seconde partie le sera celle où il sera inapte à endosser l’image que l’on s’est faite de lui. Savourant un repos bien mérité pendant sa « mort », il voit les hommages et célébration se multiplier à son encontre dont une biographie bien nommée Les Vies Privées de Don Juan. Ce Don Juan parfait qui commençait à échapper à son créateur de son vivant va alors acquérir sa vie propre après sa mort factice. Lorsque Fairbanks tente de rejouer la carte de la séduction à une jolie employée d’auberge, celle-ci se montrera bassement intéressée  avant d’accorder ses faveurs et l’humiliation sera plus grande encore avec cette jolie noble qui verra en lui un entremetteur paternel plutôt que son conquérant. 

L’intrigue entame alors une entreprise de démystification offrant un miroir déformant à la première partie pourtant loin d’être hagiographique. Le dandy déchu retrouve donc sa dernière conquête avant la disparition mais Antonita devant son succès à ce statut ne le reconnaît pas ou s’y refuse volontairement. La séquence d’enterrement trouve son équivalent aussi quand Don Juan interrompt une pièce de théâtre jouant sa vie. 

Alexander Korda inverse la composition de la séquence avec cette fois le dispositif scénique composant la réalité du moment et l’enterrement le sous-texte avec un Don Juan étant le seul habillé de noir et portant ainsi le deuil de sa gloire passée. Là aussi la légende sera plus attrayante que la réalité, Don Juan s’étonnant de la muflerie que la fiction lui associe en le faisant séduire deux femmes en même temps. Ce n’est plus lui mais le Don Juan que le public ‘est approprié et désir voir, personne ne le reconnaissant parmi les spectateurs hilares et se moquant de cet homme pataud osant se comparer au plus grand séducteur ayant jamais existé.

Douglas Fairbanks est très touchant dans cet évident miroir de lui-même, on ne peut être et avoir été. Il en est bien conscient et adopte un jeu enjoué et digne, jamais complètement abattu car si les autres ont oublié qui est/fut Don Juan/Douglas Fairbanks, en son for intérieur lui sait qu’il l’est toujours. Dans chacun des films de cette série des « Vies Privées », les femmes ont une place à part. Révélatrices de l’inconstance des hommes, ce sont elles qui mènent réellement le jeu dans l’ombre de ces grands personnages. 

Ce sont les épouses d’Henri VIII qui guident son humeur et l’atmosphère de la cour, la femme et la muse de Rembrandt et bien sûr Catherine de Russie carrément au centre de l’attention. Ici ce sera avec la délicieuse Dona Dolores (Benita Hume), épouse légitime et (trop) compréhensive de Don Juan. Conscient que retourner à cette relation rangée signifie la fin de sa vie d’aventures, notre héros la fuira tout au long du film mais c’est bien elle qui saura par son regard toujours amoureux reconnaître « son » Don Juan. Celui-que toutes les femmes rêvent d’avoir dans leur chambre, elle l’obtiendra finalement pour elle seule. Korda se montre visionnaire en confrontant finalement image publique et intime, annonçant voire se mettant en parallèle des premiers écarts de la presse à scandale.

Dans cette veine intimiste, Korda malgré des moyens plus conséquents cherchent d’ailleurs moins à en mettre plein la vue que dans les précédent films. L’ampleur cède au contraire à l’élégance et au beau geste avec notamment en plus de l’équipe habituel de Korda (son frère Vincent aux décors, George Perinal à la photo) une des rares collaborations au cinéma du grand costumier Olivier Messel. Nostalgique mais encore porté par un élan joyeux et salvateur, La Vie Privée de Don Juan est à l’image de son interprète principal sur lequel les affres du temps n’auront jamais prise, il sera toujours Douglas Fairbanks.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

Extrait

samedi 24 août 2013

Kick-Ass 2 - Jeff Wadlow (2013)


L'audace insensée de Kick-Ass a inspiré une pléthore de vengeurs masqués autodidactes, le Colonel Stars & Stripes en tête, auxquels notre héros va s'allier pour patrouiller les rues de la ville et assurer la sécurité générale. Mais quand Red Mist, réincarné en Mother Fucker, décide de s'attaquer à ces super-héros amateurs, seuls les sabres acérés de Hit Girl sauront les sauver de la destruction.

 Ayant longtemps fait figure de réussites occasionnelles - Superman (1978) de Richard Donner, les Batman (1989, 1992) de Tim Burton -, le film de super-héros s’est imposé durablement dans le paysage cinématographique au cours des années 2000, au point de devenir quasiment un genre en soi. Tout cela entraîne une standardisation et des codes bien établis où la surprise est désormais rare sur ce type de films aux constructions identiques (une heure sur les origines et vocation héroïque liée à un trauma quelconque). Dans ce contexte, Kick-Ass (2010) avait amené un sacré vent de fraîcheur en croisant imagerie comic book et réalisme. On avait donc un héros adolescent qui enfilait le costume plus pour tromper son ennui que par vertu héroïque, se confrontant douloureusement à une vraie violence urbaine. Parallèlement, les vrais super-héros s’avéraient d’impitoyables vigilantes avec le duo Big Daddy / Hit Girl, provoquant un sentiment contrasté où le ludisme BD côtoyait une critique des dérives de cette forme de justice dans une esthétique détonnante.

Matthew Vaughn quitte son fauteuil de réalisateur pour celui de producteur et laisse place à Jeff Wadlow - auteur d’un très divertissant décalque de Karaté Kid (John G. Avildsen, 1984), Never Back Down (2008) -, mais cette suite est tout aussi réussie. Après les événements du premier volet, Dave (Aaron Johnson) a rangé le costume de Kick-Ass tandis que Mindy / Hit-Girl a été adoptée par le meilleur ami de son père qui souhaite lui faire oublier son ancienne carrière de justicière en herbe. Le film propose la même opposition / décalage entre monde réel et comics mais dans une optique différente.

Kick-Ass montrait que cet héroïsme costumé était impossible à prolonger dans le monde réel sans se brûler les ailes, les exploits « cool » de Hit Girl et Big Daddy trouvant leurs conséquences tragiques lors de la conclusion. Le message est différent ici, le super-héroïsme est un sacerdoce et s’y engager pour de mauvaises raisons ne rime à rien. Dave va ainsi reprendre sa lubie Kick-Ass et constater qu’il a suscité quelques vocations avec des rues envahies de quidams masqués qui vont former une équipe pour rendre la justice. Entre l’ancien homme de main de la mafia ayant vu la lumière (Jim Carrey génial en treillis accompagné de son berger allemand quoique légèrement en retrait) et parents ayant perdu tragiquement leur enfant, la nature de super-héros paraît plus un exutoire qu’une vraie mission.

À l’inverse, la vraie super héroïne Hit Girl redevient Mindy et tente de fuir cette violence pour mener une existence d’adolescente normale mais chassez le naturel… On a ainsi un univers de super-héros dont tous les codes sont constamment ramenés à leur facette la plus triviale (la super base étant un simple sous-sol de bar par exemple) et à l’inverse une vraie héroïne dont les aptitudes sont inutiles dans l’impitoyable monde du lycée. Le film détourne d’ailleurs habilement les codes des teen movies au féminin façon Clueless (Amy Heckerling, 1995) ou Lolita malgré moi (Mark Waters, 2004) avec une Hit Girl se vengeant radicalement des mesquineries des pimbêches maquillées. Comme dans le premier épisode, cet héroïsme naïf aura ses conséquences, le méchant Red Mist (Christopher Mintz-Plasse) se réincarnant en Motherfucker et usant de sa fortune pour recruter une horde de malfrats psychotiques. Kick-Ass 2 ne questionne plus la nécessité du super-héros mais ce qui le définit.

Les sacrifices et les pertes révèleront donc à Hit Girl et Kick Ass que c’est là que reposent leur vraie nature et identité, tous les autres personnages s’y engouffrant pour assouvir leurs pulsions ou combler un manque. Le décalage cesse alors et le film ose enfin s’abandonner à l’exubérance et l’excès comic book. La galerie de « vilains » est impressionnante avec une Mother Russia à la violence dévastatrice et qui offrira un climax d’anthologie face à une Hit Girl ayant trouvé une adversaire à sa mesure. La violence extrême et la tonalité trash de la BD de Mark Millar étaient impossibles à retranscrire (et assez vaines dans leur excès) mais comme dans le premier volet, les débordements se font néanmoins plus corsés que le tout-venant, accentuant le côté rock’n’roll et sulfureux associés à Kick-Ass. Le cheminement paraît arrivé à son terme au bout des deux films, Kick-Ass et Hit Girl ayant compris les raisons les poussant à se déguiser la nuit venue. C’est leur raison d’être et en cas de succès, il ne serait pas étonnant de les voir poursuivre leur mission dans un attendu troisième volet.

 En salle en ce moment
 

jeudi 22 août 2013

Femme de feu - Ramrod, André De Toth (1947)

  

 1870 dans une petite ville de l'Utah. Dave Nash (Joel McCrea) travaille pour Walt Shipley (Ian MacDonald), un éleveur de moutons en guerre contre Ben Dickason (Charles Ruggles) et Frank Ivey (Preston Foster), deux ranchers puissants et autoritaires qui ne souhaitent pas partager leurs pâturages avec un vulgaire "Sheepman". La rivalité entre les deux clans n’est pas si simple à gérer puisque la fille de Ben, Connie (Veronica Lake), s’est amourachée de Walt, l’ennemi de son père, alors que ce dernier lui destinait son partenaire Frank Ivey pour époux. Un soir, humilié par le camp adverse, Walt préfère quitter la partie, abandonnant ses terres et sa "fiancée". Mais Connie, blessée dans son amour-propre, décide de poursuivre le combat ; pour tenir tête à son père et à son promis, elle engage Dave. Il va néanmoins se retrouver au centre d’un combat sans merci et sans scrupules au cours duquel les deux clans vont s’entredéchirer causant morts sur morts.

Ramrod est un western atypique dans le fond et la forme employés par André De Toth pour illustrer un scénario complexe. A l'origine destiné à John Ford qui trop pris sur My Darling Clementine recommanda André De Toth, le film sur un argument de western classique (conflit terrien entre riches propriétaires) part dans des directions surprenantes notamment une tonalité évoquant grandement le film noir. Le récit débute dans une tension extrême et mettra à jour un conflit plus complexe qu'il n'y parait.

Un éleveur de mouton (Ian MacDonald) est littéralement humilié et chassé de la ville pour avoir voulu partager l'usage des pâturages avec les ranchers tyranniques que sont Ivey (Preston Foster) et Dickason (Charles Ruggles). La propre fille de Dickason Connie (Veronica Lake) s'était opposée à lui en se fiançant à l'ennemi alors que ce dernier lui destinait justement Ivey pour asseoir leur partenariat. La fille rebelle va pourtant reprendre les terres de son fiancé défait et compter sur l'aide de Dave Nash (Joel McCrea) son ancien contremaître.

L'argument terrien est finalement vite éclipsé pour révéler une lutte de pouvoir impitoyable dont les enjeux sont tout autre. Par son action, Connie souhaite prendre son destin en main et s'émanciper de l'autorité de son père ainsi que du destin qu'il lui a choisi auprès d’Ivey. On pense bien plus au film de gangsters dans les escarmouches et manœuvres d'intimidation des deux camps et la manière de jongler avec la loi sans commettre l'irréparable. 

Cette caution est tenue par le personnage droit de Joel McCrea partagé entre la vénéneuse Connie et la plus paisible Rose (Arleen Whelan). L'aspect film noir sera accentué par le caractère ambigu de Veronica Lake. Alors que les femmes à poignes les plus fameuses du western comme Joan Crawford dans Johnny Guitar (1953) ou Barbara Stanwyck dans Quarante Tueurs (1957) se plairont à affirmer une certaine androgynie voir masculinité (s'imposant en se montrant l'égal des hommes) Veronica Lake conserve la détermination et la dureté en plus toute la candeur et les minauderies féminines qu'on lui connaît dans d'autres films. 

C'est une femme fatale de film noir projeté dans l'Ouest et sa volonté de réussite passera par la séduction en poussant ses hommes à des actions aux conséquences dramatiques. Ce mélange détonant est en grande partie dû au scénario adapté du romancier Luke Short adepte de ce croisement des genres et dont Robert Wise tirera l'année suivante un Ciel Rouge qui se fera remarquer pour sa photographie sombre et oppressante éclairant des paysages de western comme des ruelles urbaines de polar.

De Toth joue également de cela dans nombres de situations notamment un haletant gunfight nocturne où est pourchassé l'attachant personnage de Bill (Don DeFore). Le réalisateur fait également un étonnant usage de son environnement. Le film est presque entièrement tourné en extérieur dans l'Utah, ce que De Toth cherche clairement à nous signifier avec ses longs mouvements de caméras accompagnant les personnages dans les recoins les plus sinueux et inhospitalier, et fuyant constamment le côté contemplatif et grandiose qu'on peut associer à un paysage de western. Le climat de menace sourde est ainsi constant lors des scènes en terre sauvage et désolée tandis que pour les scènes de ville cette menace se traduira par une dimension poreuse constante entre intérieur et extérieur. 

Le danger s'annonce ainsi souvent d'abord en fond de champ à travers une vitre, des personnages surgisse dans le cadre avant qu'un mouvement de caméra ne révèle qu'on les apercevait entre des rideaux, derrière une porte. Là aussi on a plutôt le sentiment de codes de thriller réajusté pour le western, les grands espaces étant réduit au strict minimum pour renforcé une claustrophobie plus urbaine. C'est particulièrement vrai pour le gunfight nocturne mais même l'affrontement final fait preuve d'une brièveté et d'une sécheresse peu coutumière dans le western de l'époque.

Tortueux, surprenant et superbement exécuté, un beau western qui annonce sur pas mal de point la future grande réussite que sera La Chevauchée des Bannis (1959).

 Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

mercredi 21 août 2013

The Purchase Price - William A. Wellman (1932)


Joan Gordon travaille à Broadway depuis qu'elle a quinze ans, chanteuse et danseuse, elle est lassée de cette vie et rêve du grand amour loin des illusions nocturnes. Pour échapper à un homme de la nuit qui ne cesse de la convoiter elle décide de partir à Montréal poursuivre sa carrière. Mais l'homme qui la convoite la retrouve vite. Sa femme de chambre a trouvé un homme à marier par petite annonce, un fermier canadien. Alors qu'elle avoue à Joan qu'elle a envoyé à l'homme une de ses photos, Joan décide de sauter sur l'occasion et de partir elle-même à la rencontre de cet inconnu.

The Purchase Price n'est pas la meilleure production Pre Code de Wellman mais offre néanmoins un joli moment, en grand partie dû à la touchant prestation de Barbara Stanwyck. Celle-ci incarne Joan, chanteuse et danseuse à Broadway depuis ses quinze et qui aspire à une vie plus authentique que cette superficielle existence nocturne. Seulement cette profession lui ferme l'accès à des prétendants plus respectable et au contraire attire les individus douteux tel que le gangster Eddie Fields (Lyle Talbot), ancien amant qui la poursuit de ses assiduités et la couvre de cadeau. Elle va donc fuir à Montréal où un concours de circonstance va la faire se substituer à sa femme de chambre ayant utilisée une de ses photos pour se présenter à son futur époux fermier qu'elle n'a pas encore rencontrée.

Le film souffre pas mal d'un certain manque de liant dramatique dans son déroulement donnant plutôt l'impression d'assister à une suite de scène détachées les unes des autres, aussi réussies soit-elles. Ainsi la description du monde de la nuit dont Joan est si lasse est bien trop brève et pas suffisamment montré sous son jour négatif (si ce n'est dans le regard des autres avec le riche fiancé qui va la rejeter) et du coup la différence avec les séquences à la ferme se déroulant dans un quotidien plus terre à terre n'est pas assez marquée. Autre souci George Brent en fermier bourru et taiseux s'avère quelque peu monolithique et peu attachant finalement. Seulement atout de taille, une Barbara Stanwyck à la présence lumineuse qui enchante de bout en bout.

Toutes les émotions et le plaisir de la découverte passe par ses sourire et son regard. Effrayée puis séduite par la rudesse de son époux, charmeuse (cette manière d'aguicher cet ours de George Brent en petite tenue le bougre restant de marbre) et obstinée dans sa volonté de se faire à la vie de la campagne, elle dégage un charme qui relève totalement le film.

Wellman ne s'y trompe pas, la mettant au centre de presque toute les scènes et sa seule prestation souligne bien mieux les thèmes que le script ne fait qu'effleurer, la solidarité et la camaraderie de la campagne montrée dans une scène clichée de beuverie est ainsi rattrapée par une visite de Joan parti aider une voisine ayant accouché seul lors d'un moment très touchant. Il y a les excellents acteurs qui vampirisent des très bons scripts et altèrent la qualité des films par leur égo, et il y a les autres qui au contraire transcendent un matériau boiteux par leur seule grâce. Barbara Stanwyck est de cette trempe.


Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Forbiden Hollywood