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mercredi 10 janvier 2018

Les Mutinés du Téméraire - H.M.S. Defiant, Lewis Gilbert (1962)

En 1797, le « Téméraire » est envoyé rejoindre la flotte britannique en Méditerranée. À son bord, le lieutenant Scott-Padget est un homme cruel qui s'acharne sur l'équipage au moindre prétexte. Conscient de la révolte qui gronde, le capitaine Crawford tente de reprendre en mains le navire en attaquant un navire français au large de la Corse.

Lewis Gilbert signe un de ses meilleurs films avec ce H.M.S. Defiant qui semble proposer une variante anglaise des Révoltés du Bounty et ses multiples versions. Adapté du roman Mutiny de Frank Tilsley (paru en 1958), le film inscrit son postulat familier dans un contexte plus spécifiquement anglais en donnant une vision filmée d'une réalité historique. En mars 1797, la Royal Navy dû en effet faire face à la Mutinerie de Spithead soit la rébellion concertée des marins de onze navires contestant les conditions de vie épouvantable en soldes misérables, discipline intraitable et recrutement forcé. Après une rude négociation, les marins auront gain de cause et reprendront le service sans subir de sanction le 15 mai 1797.

Pour plus de tension, l'intrigue du film intègre ce contexte aux Guerres Napoléoniennes même si cela s'avère historiquement inexact puisque tout en respectant la date des évènements on anticipe un conflit dont les prémisses se situent plutôt en 1799. La brutalité inhérente à la Royal Navy s'illustre avant même que le récit ait gagné la mer avec la violente séquence de The Press soit le recrutement forcé de quidam arraché avec violence à leur quotidien. Les deux personnalités amenées à s'opposer sont présentées en parallèle dans cette ouverture. On voit le Capitaine Crawford (Alec Guinness) prendre ses ordres de mission auprès de ses supérieurs dans un dialogue où on le devine compatissant pour les conditions misérables de son équipage quand dans le même temps son second le lieutenant Scott-Padget (Dirk Bogarde) est le meneur prenant plaisir à enrôler des malheureux contre leur gré. Une fois en mer, les jeux de pouvoirs associés à la gronde sociale latente va faire monter graduellement la tension.

On voit ainsi les minutieux préparatifs de la fameuse mutinerie dont la volonté augmente ou s'amenuise selon la domination à bord entre l'humaniste Crawford et le sadique Scott-Padget soumettant les matelots au fouet au moindre embryon d'incartade. Dirk Bogarde est excellent dans ce rôle détestable, il faut le voir littéralement jouir du claquement de fouet sur le dos de ses malheureuse victimes ou de savourer la crainte qu'il génère au sein de l'équipage glacé par un simple regard. L'acteur se montre très subtil, sa cruauté jouant à la fois de la conscience de supériorité de classe, sadisme pur et simple et volonté de domination - il est sous-entendu que son attitude a précédemment poussés ses précédents capitaines à la cour martiale.

Lewis Gilbert filme avec brio le quotidien du navire, de la colère grondant dans les cales au duel psychologique sur le pont entre les officiers et réussit avec fluidité à caractériser habilement un grand nombre de protagonistes (Anthony Quayle est excellent en meneur pacifiste et réfléchi de la fronde). Les enjeux sont intelligemment relancés à travers un conflit feutré et retors qui laisse voir les failles de ces codes militaires maritimes - Crawford impuissant face aux maltraitances de son jeune fils aspirant sur le navire - et l'ascendance sociale devenir un instrument de pouvoir pour Dirk Bogarde.

Parallèlement Gilbert nous offre un vrai grand film d'aventure spectaculaire avec des affrontements épiques et variés. On aura droit à du duel frontal entre navires français et anglais où le réalisateur témoigne d'une belle ampleur (les plans d'ensemble des deux navires face à face), d'un sens de la destruction certains et d'une violence sanglante lors des abordages. A d'autre moment cela jouera sur la pure stratégie avec un navire de guerre camouflé en bateau de commerce et le superbe final joue la carte de l'émotion avec un choix cornélien entre la cause sociale et la patrie, là aussi dans une impressionnante péripétie. Une très belle réussite portée par un grand trio d'acteur Alec Guinness/Dirk Bogarde/Anthony Quayle.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Columbia et doté de sous-titres anglais

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