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vendredi 9 février 2018

Have a nice day - Hao ji le, Liu Jian (2017)

Dans une petite ville du sud de la Chine, Xiaozhang dérobe une forte somme d'argent à son patron et pense que celle-ci va l'aider à sauver sa relation avec sa fiancée. Il se retrouve poursuivi suite à son vol...

Big Fish and Begonia avait été l’occasion de constater l’avènement et la maturité récente du cinéma d’animation chinois. Cependant on en restait là à un versant « blockbuster » de la production et avec Have a nice day c’est l’occasion de découvrir aussi la vitalité de l’animation chinoise indépendante. Le spectateur français avait eu vent du film récemment lorsque Have a nice day avait été à la demande des autorités chinoise retiré d’une sélection hommage à l’animation chinoise lors du Festival d’Annecy 2017. Pour comprendre les raisons de ce veto, il s’agit de resituer le parcours du réalisateur Liu Jian. Celui-ci réalise son premier film en 2010 avec Piercing, œuvre sociale et politique âpre marquée par la crise économique de 2008. Piercing fit son chemin dans les festivals dont celui d’Annecy et donna à voir, à l’image du cinéma indépendant live chinois un autre visage que les grandes fantastiques et fantasy plus visibles à l’international.

Have a nice day creuse donc le même sillon près de sept ans plus tard. Cette longue attente vient autant d’une inspiration longue à retrouver pour un Liu Jian ayant fait le tour du monde pour promouvoir Piercing que d’un tournage à l’économie très restreinte. Le réalisateur occupe en effet la plupart des postes technique d’un film dont la production de longue haleine a quasiment été menée en solitaire grâce aux divers outils informatiques à disposition. Si les contraintes techniques se ressentent profondément à l’image et l’animation rudimentaire (les voitures seulement vues de profil, toutes les astuces et transition pour éviter d’avoir à animer l’image bien visibles), Liu Jian fait de ces aspects des atouts propres à appuyer son propos. Cet aspect figé se répercute complètement sur l’esthétique générale, le cadre du récit et la caractérisation des personnages.

La sinistre, pluvieuse et boueuse petite ville de province où se déroule l’intrigue est déjà à elle-seule l’illustration de l’avenir sans issue des protagonistes. La vulgarité d’un parrain local, la dévotion et la brutalité d’un chargé des basses œuvres, la stupidité d’une petite main de cette chaîne criminelle, tout concours à nous signifier la médiocrité de « héros » à la hauteur de leur environnement minable. Liu Jian évite pourtant en tout point le pensum dépressif par la tonalité qu’il confère à l’ensemble. L’humour noir, les éclats de violence et surtout le tempérament haut en couleur des personnages confère une drôlerie à froid assez irrésistible qui fait de Have a nice day un pendant chinois et animé du meilleur des frères Coen. Tout comme ces derniers (en particulier les films moquant les hillbilies comme Blood Simple (1984), Fargo (1996) ou No Country For Old Men (2009)), Liu Jian s’amuse de personnages produits de leur environnement mais porte sur eux une tendresse et un humanisme qui leur fait dépasser la caricature (en particulier l’homme de main). 

Le McGuffin est purement matérialiste avec ce sac rempli d’argent après lequel courent tout le monde, symbole de l’ambition aussi médiocre et superficielle (une opération de chirurgie esthétique pour la fiancée de l’un, Un après-midi de chien de Sidney Lumet (1975) n’est pas loin non plus) chez les uns que les chez les autres. La bande-son très electro-pop apporte une distance ironique bienvenue à ce jeu de massacre, mais Liu Jian apporte toujours un contrepoint plein d’empathie et de tendresse comme avec cette scène de rêve ou chacun aspire à son El Dorado loin de la fange ambiante. Entre le rire moqueur et/ou résigné du malheur, Liu Jian ne choisit pas et c’est ce qui fait tout le prix de Have a nice day.

Vu au festival Carrefour de l'animation mais inédit en France pour l'instant

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